Pendant plusieurs années, je ne me suis pas regardée pédaler

stressed woman

Pendant plusieurs années, je ne me suis pas regardée aller, je ne me suis pas regardée pédaler.

Je ne me voyais pas courir de gauche à droite en quête du temps qui n’existait plus depuis bien longtemps. Je ne me voyais pas essayer de tout contrôler, de tout réaliser sans jamais me permettre de rien lâcher. Sans jamais me permettre de me tromper ou d’abandonner. La vérité, c’est que ça ne pouvait pas continuer et je risquais de me brûler, mais je l’ignorais.

Mon corps a commencé par m’envoyer des signaux pour me faire comprendre que je devais m’arrêter. Prendre le temps de souffler. Maux de tête, maux de cou, maux de dos. Peut-être que j’aurais pu m’attarder à comprendre la source de mes maux. Mais non, entêtée, j’ai continué.

Ensuite, ça a frappé un peu plus fort. Peut-être que j’aurais pu me raisonner. Qui sait ? Épisodes de tristesse, étourdissements, insomnie, sautes d’humeur, crises d’anxiété. Mais non, entêtée, ça ne m’a toujours pas arrêtée. J’ai continué de travailler autant, de me surpasser constamment. J’ai continué de tenir mon bout malgré le peu d’énergie qui me restait après toutes mes nuits d’insomnie passées debout.

Puis c’est mon âme qui m’a lâchée. Je suis sortie de chez le médecin avec un diagnostic de dépression majeure et d’anxiété généralisée, une prescription d’antidépresseur et un arrêt de travail  inscrits sur un simple petit bout de papier. Pendant plusieurs mois, je n’ai pas eu le choix de me reposer, de faire du ménage obligé. Du ménage dans les gens qui m’entourent et dans les obligations non essentielles qui pesaient beaucoup trop lourd. Du ménage dans les émotions négatives qui me rendaient fragilement naïve. Du ménage dans tout ce qui me drainait du temps et de l’énergie depuis beaucoup trop longtemps.

Après plusieurs mois à remonter la pente, j’ai repris des forces et je me sens confiante.

Mais toi, je te vois aller et je crois bien qu’aujourd’hui, c’est à mon tour de te parler.

Je veux te dire de changer de voie et de prendre soin de toi. Je veux que tu acceptes de laisser aller les choses qui ne font que passer.  Je veux que tu apprennes à lâcher prise sur ce qui ne devrait pas être de mise. Je veux que tu apprennes à mettre de côté ce qui n’a pas besoin d’être constamment exécuté. Je veux que tu t’entoures de ceux qui t’apportent du bon et que tu les laisses t’accompagner comme ils le font. Je veux que tu continues de donner le meilleur sans dépasser la limite qui se trouve en toi.

Je veux que tu retiennes que ce n’est pas parce que tu gères tout au quart de tour que la vie sera moins compliquée aux alentours. Je veux que tu comprennes que ce n’est pas parce que tes enfants ne manquent jamais de rien que tu seras la mères qui fait toujours tout bien. Je veux que tu réalises que ce n’est pas parce que rien n’est sale dans l’évier que les autres vont nécessairement t’envier. Je veux que tu saches que ce n’est pas parce que tu refuses de t’affirmer pour ne pas offusquer que les autres vont nécessairement te respecter. Je veux que tu acceptes que ce n’est pas parce qu’on peut constamment compter sur toi que tu n’as pas le droit de dire non quelquefois.

Je veux que contrairement à moi, tu comprennes dès maintenant que l’essentiel, c’est toi.

Catherine Vignola
CATHERINE VIGNOLA

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