Je ne couperai plus ta toast en triangles

kid climb up

La semaine dernière, quand tu m’as demandé de ne plus couper ta toast, je n’ai pas réalisé ce que ça représentait. C’est ce matin, les yeux encore collés et les dents pas encore brossées, que ça m’a frappée de plein fouet : terminé le temps où je coupais ta toast en quatre. Après tout, le pain en petits triangles est réservé aux tout-petits ou, si on enlève la croûte, aux enterrements.

Tu vieillis ma chérie. Tu acquiers un peu plus d’autonomie chaque jour et de te voir évoluer de la sorte me rend vraiment fière.

Mais il reste que je dois me rendre à l’évidence : mon petit bébé n’est plus. Tu n’as plus besoin que je t’aide à t’habiller. Bientôt, tu sauras lire seule. Même si c’est long, tu arrives à attacher tes souliers toi-même. Je ne magasine plus dans la section des tout-petits pour tes vêtements. Tu débarrasses la table après le souper et tu peux faire le ménage de ta chambre seule… ou presque! La Pat’Patrouille, c’est pour les bébés que tu me dis. Tu n’as plus besoin de moi pour te laver, encore moins pour t’essuyer les fesses. Tu apprends à mettre des mots sur tes émotions et les crises de larmes interminables et incompréhensibles sont remplacées par de belles discussions.

Il me semble loin, le temps où tu dépendais entièrement de moi. Jour après jour, je t’ai nettoyée, habillée, punie, bercée, félicitée, encouragée, nourrie, changée, stimulée, éduquée. Ma tâche est loin d’être terminée sur bien des aspects, mais il reste que tu n’en es plus au stade de manger ta toast en petits triangles. Il me semble que j’ai à peine eu le temps de cligner des yeux entre la petite enfance et cette nouvelle étape qui débute pour toi.

Maintenant, tu manges ta toast même-pas-coupée-du-tout. Te voilà entrée dans cette phase où les traits potelés de la petite enfance laissent entrevoir la jeune femme que tu deviendras bientôt. Tu réfléchis, analyses, mémorises et argumentes. Ta personnalité se forge de plus en plus et je continue du mieux que je peux de t’inculquer les valeurs qui sont chères à mon cœur : la famille, l’authenticité, le respect de soi et des autres.

J’aime cette complicité qui se développe entre nous. Voici venue la fin de cette période où je passais la plus grande partie de mon temps à combler tous tes besoins à toute heure du jour et de la nuit. Je me sens de plus en plus comme ta confidente et ton guide et de moins en moins comme une machine à changer les couches. Évidemment, j’ai encore beaucoup de choses à t’apprendre, contrairement à ce que tu peux penser parfois. Toutefois, tu devras faire certains apprentissages seule. C’est des erreurs que tu commettras assurément dont tu tireras les plus grandes leçons.

Autant j’ai aimé cette période de la petite enfance où tu avais tout à apprendre, autant j’ai hâte de connaître cette jeune femme que tu deviendras. Même si la tentation de t’aider à attacher ton manteau est parfois forte, je sais que le temps est venu pour moi de te laisser acquérir de plus en plus d’autonomie. Chaque nouvel outil que tu développes, petit à petit, te prépare au jour où tu brancheras ton grille-pain dans ton premier appartement.

Sache cependant que ta maman sera toujours là pour toi. Tu auras toujours une oreille attentive pour t’écouter, une épaule pour pleurer et un refuge pour te ressourcer. Mon rôle de mère évolue mais il ne perdra jamais de son importance, même si tu n’as plus besoin que je coupe ta toast en triangles.

Maude Tweddell
MAUDE TWEDDELL

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