La vie d’avant me manque

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La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, lorsque je sortais dans le monde extérieur sans me soucier du mal qui pourrait envahir tout mon corps. Aujourd’hui, j’y pense deux fois plutôt qu’une avant de sortir de mon repaire et quand je me décide, ce n’est jamais sans angoisse que je mets le bout du nez dehors.

La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, lorsque je voyais les parcs remplis d’enfants, entendant au passage une petite fille dire “Maman, vois-tu comme je vais haut dans les airs ?” tout en se balançant les cheveux au vent. Aujourd’hui, je vois des banderoles jaunes arborant le mot danger pour empêcher nos enfants de jouer dans les parcs afin d’éviter de se transmettre des microbes entre eux.

La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, lorsque l’envie soudaine d’aller prendre une bière avec mon père me prenait tout bonnement. Ça ne prenait ni une ni deux que j’étais derrière mon volant le sourire aux lèvres en direction de la maison de mon père. Aujourd’hui, cette envie est toujours présente, mais sachant que le mot d’ordre est « confinement », je savoure ma bière chez moi en ayant une pensée pour mon père qui, assurément, fait de même en pensant à son tour lui aussi à moi.

La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, lorsque ma maman me prenait dans ses bras tout en posant un léger baiser sur ma tête. Aujourd’hui, telle une petite fille, j’attends l’étreinte et le baiser de ma mère aussi impatiemment qu’en temps normal j’attends l’arrivée du printemps.

La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, lorsque je faisais les boutiques sans nécessairement avoir de besoins précis. Seulement faire du lèche-vitrine pour le simple plaisir m’aidait à me changer les idées. Aujourd’hui, je me sens enfermée comme un ermite en défilant les pages internet afin de trouver une paire de souliers pour mon enfant qui ne pourra pas les essayer.

La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, lorsque je passais devant un terrain de football et que je voyais de nombreux enfants courir dans un but commun de victoire. Aujourd’hui, ce terrain est vide et je m’arme de patience pour voir un premier soulier à crampons se poser sur lui.

La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, lorsque mon réfrigérateur ne renfermait qu’une seule pomme et une dernière part de pizza et qu’en famille, nous partions en direction de l’épicerie. Aujourd’hui, je dois y aller seule en passant par une longue file d’attente avec cette déception que je ne pourrai faire choisir la sorte de céréales à mon enfant qu’il mangera cette semaine.

La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, lorsqu’en portant fièrement ma toge, je recevais mon diplôme entourée de mes collègues de classe. J’étais si fière de ce que j’avais accompli et cette journée sera à jamais gravée dans ma tête et mon cœur. Aujourd’hui, je sais que plusieurs recevront leur diplôme virtuellement et ça me désole de savoir qu’ils n’auront pas la chance de vivre cette journée comme moi je l’ai précédemment vécue, car ce moment leur est volé.

La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, lorsque ce sentiment de peur ne faisait pas partie de mon quotidien. Je donnais la bise, je serrais la main, je me promenais de maison en maison sans craindre que je puisse transporter le mal avec moi. Aujourd’hui, ma naïveté me manque et j’appréhende déjà que celle-ci ne revienne jamais. Plus rien ne sera comme avant, car ces temps sont révolus. Et même quand tout ça sera terminé, je me surprendrai probablement à m’empresser de changer de trottoir bien malgré moi quand des inconnus croiseront ma route.

La vie d’avant me manque quand je me souviens d’hier, mais je vois encore cette lueur d’espoir dans les yeux de tous et cela m’aide à me lever le matin non pleine de confiance de ce que demain sera fait, mais avec la certitude que nous continuerons à nous entraider et à faire équipe. Ensemble, nous sommes plus forts et j’en suis rassurée.

Anne-Marie Barbeau-Pelletier
ANNE-MARIE BARBEAU-PELLETIER

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