woman with newborn on couch

Avant d’être ta maman, mon coeur était daltonien

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Mon bébé,

Avant d’être ta maman, mon coeur était daltonien et je ne le savais pas.

Avant toi, je croyais tout savoir sur le doute. Je l’avais expérimenté à de si nombreuses occasions, pendant mes études, au travail, dans ma vie amoureuse. Puis tu es né et j’ai dû choisir comment te vêtir pour la nuit afin que tu n’aies ni trop chaud, ni trop froid. Je t’ai habillé, puis déshabillé, puis rhabillé un nombre incalculable de fois, sous le regard perplexe de ton père. Tu vois, depuis que je suis maman, je sens le doute me ronger à chaque petite et grande décision que je prends, avec toujours au fond du coeur, cette crainte de faillir à ma tâche, et je crois que je connais maintenant le doute dans toutes ses nuances.

Avant ta naissance, mon bébé, je croyais savoir ce qu’étaient la peur et l’inquiétude. Dans mon enfance, j’avais connu les monstres imaginaires puis, les terreurs plus concrètes de la vie adulte. Puis est venu le temps du retour à la maison, et j’ai rectifié un nombre ridicule de fois l’ajustement des sangles de ton siège d’auto, en redoutant chaque petite bosse sur la route et chaque conducteur distrait qui pourrait croiser notre chemin. Puis est venue la première nuit dans ton lit, et j’ai vérifié toutes les heures si tu respirais, à l’affût des moindres signes d’une menace qui guetterait dans l’ombre. Depuis que tu es arrivé dans ma vie, mon bébé, la peur et l’inquiétude ont pris une toute nouvelle teinte pour moi.

Avant toi, je croyais connaître la fatigue et ceux qui disaient qu’on ne sait pas ce que c’est que d’être fatigué avant d’avoir des enfants me tombaient royalement sur les nerfs. Puis, tu es entré dans ma vie, et ton père et moi avons passé nos premières nuits de parents à te bercer en alternance, car tu ne dormais nulle part ailleurs que dans la chaleur réconfortante de nos bras. J’ai alors vu les vraies couleurs de la fatigue se dessiner sous mes yeux à mesure que les nuits en pointillés s’accumulaient.

Avant d’être ta maman, je disais tout savoir de l’amour. Ma vie en était déjà remplie : ma famille, mon chum, mes amis, mon chien. Puis tu es né, et mon coeur a explosé comme un millier de feux d’artifice. Tu l’as rempli d’un amour qui me permet de passer par-dessus tous les doutes, toutes les peurs, toute la fatigue du monde. Un amour qui intensifie toutes les couleurs, et qui remplit la vie de sens. Le nouvel éclairage que tu m’as apporté a même changé mon amour pour les autres, mon bébé. Voir mon chum devenir ton papa a approfondi mes sentiments pour lui, et être témoin de toute l’affection que ma famille et mes amis t’ont tout de suite portée m’a fait les aimer encore plus. En naissant, tu as fait souffler un vent de paillettes sur ce qui brillait déjà le plus dans ma vie et, grâce à toi, mon coeur est grand ouvert.

Avant toi, mon bébé, je croyais savoir bien des choses. Je croyais connaître la joie, puis je t’ai entendu rire pour la première fois. Je croyais connaître l’exaspération, puis j’ai passé des heures à essayer sans succès de t’endormir après une journée difficile. Je pensais connaître la fierté, puis tu m’as éblouie avec chacune de tes nouvelles prouesses.

Avant de te rencontrer, mon bébé, mon coeur était daltonien et je ne le savais pas. Ma vie était un peu comme une vieille maison : remplie et belle, mais cloisonnée, divisée en toutes sortes de petites pièces où la clarté ne filtre pas bien. Quand tu es né, tu as démoli mes murs à grands coups de massue. Et quand la poussière de mes anciennes certitudes s’est envolée, j’ai finalement compris qu’avant toi, je ne voyais qu’une infime partie des couleurs de la vie.

Mon bébé, tu as fait de mon coeur une aire ouverte pleine de lumière vive et de contrastes, et grâce à toi je vois désormais la vie dans toute la richesse de ses nuances.

Crédit : Jacob Lund/Shutterstock.com

Marie-Noëlle Lavertu

Maman poule au bon sens de la répartie, je trippe sur la pâtisserie, Harry Potter, tout ce qui touche à Noël (bin oui!) et... la maternité! S'il y a bien une chose que la vie de maman m'a apportée, c'est la certitude qu'il y a toujours du nouveau à apprendre. Mon rapport au monde est bien différent depuis que ma fille en fait partie ; elle me pousse constamment à revoir mes priorités et mes façons de faire. Bref, ma vie de maman, je la trouve passionnante, épuisante, merveilleuse, parfois un peu dégueulasse, mais toujours tellement pleine d’amour!

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3 Comments

  • Félicitations Mme Lavertu!
    Un texte tout simplement magistral, le premier qui me permet de mettre les mots les plus justes sur la montagne russe d’émotions qui me traverse depuis mon accouchement il y a 2 mois!
    J’ai beaucoup pleuré à la lecture de votre texte.
    Vos avez une prose magnifique, en espérant vous relire bientot et MERCI!!!

    Ariane

  • De toute beauté! Des mots justes et magiques pour décrire les émotions si changeantes qu’on ressent en tant que maman!

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