En devenant maman, je me suis perdue, je me suis oubliée

maman triste avec nouveau-né

Avant, je n’avais jamais porté d’enfant ni accouché.
Avec la maternité, j’ai découvert qu’on pouvait aimer à s’en faire mal.
J’ai découvert qu’on pouvait mal aimer.
J’ai parfois l’impression que mon cœur va exploser.
Je regarde mon enfant et je pleure.
Je fais partie de ces mères arrogantes qui pensent qu’elle est la seule à aimer son enfant aussi fort et pourtant…

Je suis à côté de la plaque.
Dès la naissance de mon bébé, je me suis souvent sentie seule et désemparée face à cet être qui ne dépendait que de moi.
Je me suis effacée pour faire de cet enfant ma priorité.
J’ai appris par cœur la Reine des neiges. J’ai abandonné l’idée de faire pipi seule.
J’ai mangé froid tant de fois et ramassé tous ses jouets dispersés.
J’ai laissé tombé les soirées entre amis pour des soirées à tenter de l’endormir dans mes bras fatigués.

Je me suis ramassé dans la tronche ou sous les pieds tant de jeux de bois.
J’ai passé des heures à dessiner à mon petit son animal préféré, à lui chanter cette comptine qui pouvait l’apaiser un peu, ou à mentir sur l’existence d’un Père Noël.
Je me suis sentie tellement souvent seule et perdue, dans cette peau de maman hypersensible.
Je me suis sournoisement oubliée, embourbée dans des croyances populaires qui ont pour propagande que « Maman est un pilier. Maman est un exemple. Maman est là ».
Je me suis abandonnée, j’ai lâché ma main.

Mon cœur inondé d’amour qui ne battait que pour mon petit.
Mon cœur, douloureux toujours.
J’étais dépassée.
J’étais coupable de parfois regretter qu’il soit né.
Je me suis déjà détestée pour lui avoir donné la vie par peur de ne pas assumer.
Il était ma raison de vivre.
Il  était ma raison d’exister.
J’étais responsable de la vie de cet enfant.
Et je le suis toujours.

Je suis complètement imprégnée de ce rôle important. Et j’essuie mes larmes si souvent.
Mon bonheur était devenu obsolète. Son bien-être était une priorité.
J’ai eu mal quand il est sorti. J’ai eu mal en l’allaitant. J’ai eu mal lors de ses premiers pas.
J’ai eu mal son premier jour d’école. J’ai eu mal quand il n’a plus eu besoin de moi pour s’essuyer.
J’ai eu mal quand il a attaché ses chaussures pour la première fois, sans avoir besoin de mes mains.
J’ai mal aujourd’hui car maintenant qu’il gagne en autonomie, je réalise que j’ai commis cette grosse erreur de vivre à travers lui.

J’ai pensé que j’avais peur pour lui mais en fait, j’ai peur pour moi.
Je me suis perdue.
J’ai oublié qui je suis.
D’ailleurs, pour la rentrée des classes, j’ai rencontré sa titulaire.
Elle ne m’a pas demandé qui j’étais.
Mais elle m’a demandé qui est mon enfant.
Ma vie a basculé le jour de sa naissance.
Rien n’est plus comme avant.

Je dois me censurer, je dois cicatriser, je dois panser, je dois accepter mais surtout, je dois me résoudre à cette idée: on ne fait pas d’enfant pour soi.
J’ai, depuis sa venue, une vraie raison d’exister.
Je devrais pouvoir l’accompagner au mieux, cet être fait de mon sang.
Mais je ne suis pas équipée.
Je suis pleine de lacunes et je manque de lucidité.
J’ai peur. Tellement peur d’échouer. D’être une mauvaise maman.

Est-ce qu’une bonne maman mendie l’amour de son enfant ?
Je ne vivais qu’à travers ses premières fois. Tout ces litres de lait que j’ai donnés. Toutes ces nuits blanches que j’ai passées. Toutes ces histoires que j’ai racontées. Tous ces matins où je me suis levée sans avoir pu me reposer.
Je me suis emprisonnée dans ce rôle, jusqu’à en oublier qu’il atteint son apogée quand cet enfant s’en va.
Et il faut accepter son départ, ses changements, avec résilience.
Sauf que moi, je n’y arrive pas.

Je me suis demandé, il y a quelques années, que faire pour me retrouver?
J’ai voyagé seule, ça m’a bouleversée.
J’ai commencé le théâtre, j’ai pu être moi-même.
J’ai passé des soirées entre copines, et j’ai mis une semaine à m’en remettre.
Je suis allée à des concerts et des spectacles, en ayant une aversion pour la foule.
Je suis allée seule dans la nature ou même au cinéma, j’ai déconnecté.

La maternité procure cette paradoxalité: tu dois donner le meilleur de toi à cet enfant. Mais tu ne peux pas lui donner à lui sans te le donner à toi.
La maternité te fait oublier que tout ce qui est valable pour ton bébé est aussi valable pour toi.
Elle te fait oublier que tes besoins sont aussi importants que les siens.

Crédit : Sunflower Light Pro/Shutterstock.com
Valérie Keutiens
VALÉRIE KEUTIENS

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