Mon corps de maman, je t’aime comme jamais auparavant

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Mon corps,

J’ai toujours été en combat avec toi. J’ai essayé de te rétrécir, de te modeler, de te faire ressembler à la vision que j’avais du beau. Je t’ai comparé. Je me suis fiée à l’opinion du monde entier plutôt qu’à mon propre jugement, mes propres besoins, pour savoir ce dont tu avais besoin et de quoi tu devais avoir l’air. J’ai pensé que tu servais à plaire, à séduire, à satisfaire les désirs des autres. Tu as été sexualisé, utilisé pour me déshumaniser. J’ai pensé que ta beauté définissait ma valeur et puisque tu n’étais pas parfait, je me suis dis que je n’avais pas de potentiel. J’ai fini par te détester. Je ne pouvais pas croiser un miroir sans te marteler de critiques. J’essayais de te faire rentrer dans des vêtements trop petits, parce je préférais essayer de te changer plutôt que d’ajuster la quantité de tissu nécessaire pour te recouvrir. Je t’ai fait courir, pédaler, forcer pour te punir d’avoir besoin de te nourrir. J’ai fait des régimes de toutes sortes pour que tu t’effaces un peu plus.

Quand j’ai appris que tu avais décidé d’héberger un petit bébé pour moi, j’ai d’abord été étonnée. Tu n’avais jamais fait ce que je voulais que tu fasses auparavant et soudain, tu te montrais si conciliant. J’entendais parler les mères d’à quel point leurs corps avaient changé, du poids qu’elles n’arrivaient plus à se débarrasser et j’ai eu peur que tu changes à ton tour. Pourtant, je me suis surprise à avoir hâte que par tes nouvelles courbes se manifeste la vie que tu accueillais. Je t’ai scruté, mais cette fois-ci dans l’espoir de voir mon ventre s’arrondir.

Au fil de ma grossesse, j’ai commencé à admirer ton pouvoir. Tu étais capable de fabriquer un être humain en neuf mois seulement sans même que j’aie à t’expliquer comment faire, sans même que je sache même comment. Tu es parvenu à créer tout le nécessaire pour nourrir et donner de l’oxygène à cet être humain en devenir que nous abritions. Tu t’es étiré, tu as compressé tes autres organes pour faire de la place au fœtus jusqu’à ce qu’il grandisse suffisamment pour naître. Puis, quand ce petit être et toi avez été prêts, tu as ouvert un passage et tu as travaillé dur pour qu’il vienne au monde. J’ai pu sentir ta puissance lors des contractions, ces vagues, ce tsunami que tu as généré. Tu m’as offert le plus cadeau que j’aurais pu imaginer. Puis, comme si tu n’en avais pas déjà tellement fait, tu as fabriqué du lait pour continuer de nourrir cet amour de bébé. Tu as refermé le passage, replacé tes organes comme si rien n’était arrivé. À mesure que bébé a grandi, tu as su t’adapter. Mes bras sont devenus plus forts et mes seins se sont ajustés à l’appétit grandissant de ce petit sumo plein de plis.

Mon corps de maman, je t’aime comme jamais auparavant. C’est vrai que tu as changé, que tu portes certaines cicatrices de guerre; comme mon coeur, tu es marqué à jamais. Mais j’aime ces changements puisqu’ils sont comme des indices de ce grand bouleversement dans ton parcours, de ton incroyable résilience. Chaque poignée d’amour porte son nom à merveille. Chaque vergeture est un badge d’honneur du passage du petit amour de ma vie. Je suis honorée d’avoir pu porter mon bébé, de l’avoir fait grandir en moi, de l’avoir senti bouger au creux de mon ventre et c’est grâce à toi que tout ça a été possible. Aujourd’hui je te regarde avec respect, j’essaie de te dorloter autant que faire se peut et je tente de vivre au gré de tes cycles.

La maternité m’a permis de faire la paix avec toi et grâce à elle, je t’apprécie maintenant à ta juste valeur.

Crédit : christinarosepix/Shutterstock.com
Stéphanie Michaud
STÉPHANIE MICHAUD

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