J’ai peur que le confinement ait raison de notre couple

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C’était il y a si peu de temps, il me semble. Et cette époque semble si loin à la fois. Ce moment où nous vaquions à nos occupations, chacun de notre côté. Cette période pas si lointaine où nous vivions confortablement dans notre train-train quotidien, dans le brouhaha d’une routine que nous avions prise pour acquise. Entre le lever et le coucher du soleil, un bec sur la joue et un high-five, notre team de parents était sur la première marche du podium, mais celle des amoureux battait déjà de l’aile et ce confinement a été la goutte qui a fait déborder notre vase déjà bien plein.

Naïvement, j’ai pensé que nous pourrions rattraper le temps qui s’était envolé, ces dernières années. J’ai cru, pendant quelques instants, que nous allions y arriver, grâce aux qualités qui m’avaient d’abord attirée vers toi, additionnées aux miennes.

Mais ce que j’ai réalisé, c’est que c’est la routine boulot-loisirs-famille-dodo qui nous gardait debout. Cette sacro-sainte routine dont nous nous plaignions constamment, c’était elle, notre bouée. Et sans elle, notre couple risquait de se noyer.

Depuis leurs naissances, nos discussions et nos intérêts communs ont toujours été centrés sur les enfants et le travail alors avec quoi allions-nous meubler nos discussions, une fois tout ce beau monde confiné entre nos quatre murs, vingt-quatre heures par jour ? Et qu’allions-nous faire de toutes ces heures libres ?

Rapidement, nous nous sommes mis à avoir trop de ce temps après lequel nous courions jadis sans cesse. Trop de temps pour discuter, trop de temps pour se voir, trop de temps pour s’entendre. Trop de temps confinés dans un espace commun, sans possibilité de libération conditionnelle, ni sursis, malgré un comportement quasi exemplaire. Comme si nous étions prisonniers l’un de l’autre.

Et pendant ces trop longues périodes pour réfléchir alors que la crise bat son plein, j’ai réalisé que nos besoins sont diamétralement opposés.

Pendant que l’un a besoin d’être rassuré et valorisé, l’autre désire s’évader avec des loisirs en solo ou en faisant une sieste.

Pendant que l’un a le désordre en horreur, l’autre choisit de mettre ses oeillères ou d’opter pour le lâcher-prise.

Pendant que l’un désire instaurer une simili-routine familiale, l’autre préfère le chaos, les vacances, le mou – le feeling du samedi matin à perpétuité.

Pendant que l’un désire trouver du beau, du positif, au centre de tout cet inconnu, l’autre n’y voit que du noir, du négatif, des problèmes sans solutions.

J’aurais tant aimé que ce tout-inclus à la maison soit des vacances pour nous retrouver. J’aurais aimé que mon monde de licornes gambadant sur des arcs-en-ciel sucrés se concrétise. Que le couple que nous étions au tout début refasse surface.

J’ai voulu y croire, je te le jure.

Mais force est de constater que cette proximité obligée nous a éloignés, toi et moi. Que cet isolement forcé, loin de nos bonnes vieilles habitudes et de notre cercle d’amis, nous sépare un peu plus, chaque jour qui passe. J’aurais aimé que les choses se passent autrement, mais je dois me rendre à l’évidence que c’est ainsi que nous vivrons la balance de notre confinement.

Dans l’espoir que notre team de parents sera toujours sur le podium une fois tout ça terminé.

Dans l’espoir que notre couple renaîtra de ses cendres quand nous retrouverons notre liberté.

Lysiane Beaubien
LYSIANE BEAUBIEN

Une réflexion sur “J’ai peur que le confinement ait raison de notre couple

  1. Dominique Répondre

    Courageux de publier ce témoignage. Je me suis séparée juste avant le confinement mais je retrouve les problèmes que nous avions et nous aurions probablement vécu les mêmes difficultés. Courage. Ce confinement est une épreuve à de nombreux niveaux et j’ai beaucoup de respect pour les personnes qui témoignent de façon aussi honnête et ouverte.

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