Avant d’être ton papa, je ne me posais pas de questions

father hug baby

Avant d’être un papa, ton papa, les jours se succédaient sans que je ne me pose trop de questions existentielles. Il y avait très peu de pourquoi et de comment, et beaucoup de quand, où, qui et surtout combien.

Quand devrais-je investir dans mes REER? Où acheter ma future maison? Avec qui pourrais-je partager ma vie? Combien j’allais gagner ?

Or, depuis ton arrivée au monde, mais surtout depuis que ton petit cerveau est en pleine ébullition, je comprends mieux pourquoi on dit souvent qu’il est important de voir la vie avec ses yeux d’enfant; ta fascination pour la vie bouleverse mon quotidien, tantôt en y soufflant de grandes doses de légèreté, tantôt en me contraignant à tout remettre en question.

Je me souviens avec amusement comment passer du temps avec toi alors que tu étais un jeune bambin, c’était un peu comme passer du temps avec quelqu’un qui avait fait des champignons magiques; tu pouvais, en l’espace d’une minute, rire aux éclats, faire une crise, puis être complètement obnubilé devant le plus banal des objets.

Je te trouvais beau dans ta découverte de la vie.

Plus tard, tu t’es mis à ca-po-ter en voyant des voitures dans la rue. C’était pour toi tellement extraordinaire, ces grosses machines qui se déplaçaient vite. À cette époque, il était bien difficile de rentrer de mauvaise humeur au bureau parce que la demi-heure de transport qui précédait mon arrivée se déroulait en plein délire – il y a étonnamment pas mal d’autos sur les routes un matin de semaine.

Ton émerveillement me faisait du bien.

Dernièrement, tu t’interroges davantage sur le sens de la vie, sur l’utilité des choses, sur ton environnement. Ça ne fait pas si longtemps que tu as atterri dans ce monde qui est le nôtre et tu essayes d’en comprendre les codes. L’espace, la société, la mort sont source de fascination pour toi.

Grâce à tes questionnements et tes raisonnements, je replonge dans ces concepts qui jadis me fascinaient aussi. Tu me fais prendre du recul sur mon existence. Tu m’éloignes de mon renouvellement d’hypothèque et me reconnectes avec l’essentiel. Avoir un mini-moi chez soi, c’est avoir un mini-philosophe.

Quand tu pointes les étoiles et tu me demandes pourquoi c’est grand le ciel, je lève également les yeux et mon esprit se perd dans l’infini.

Ta curiosité face à la mort m’oblige à la confronter et à en parler en des termes simples, sans la dramatiser.

Ton incompréhension face au temps, aux minutes qui s’écoulent, aux années qui s’additionnent, toujours en transition entre le passé et le futur, me donne le vertige, mais un bon vertige.

Je la trouve belle, ta fascination pour la vie, à un point tel que j’essaie de m’en inspirer : faire les choses qu’on aime sans modération, éviter celles qui nous sont désagréables, aimer sans filtre et s’éloigner des personnes qui nous déplaisent. C’est si simple et naturel pour toi, alors que ça peut parfois être si compliqué à appliquer pour un adulte.

Je sais qu’un jour, tu perdras cette belle naïveté. Ce jour inévitable où le jugement des autres deviendra l’une de tes principales préoccupations, où le poids des responsabilités ancrera tes pieds sur terre et où l’argent deviendra une finalité.

Mais je me console en me disant que peut-être un jour encore plus lointain, tu redécouvriras le monde à travers les yeux fascinés de mes petits-enfants.

Charles
CHARLES

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