Mon bébé, tu as sauvé notre couple

mother father newborn

Mon bébé,

Tu ne le sauras jamais. C’est terrible, je sais. Je ne devrais pas dire ça. Il ne faudrait pas que ces lignes tombent sous les yeux d’âmes en peine cherchant à tout prix à garder l’être aimé auprès d’elles, ces être dépendants qui pensent qu’un bébé rendra leur couple fragile plus fort, ces personnes qui croient qu’un bébé viendra combler leurs besoins affectifs à elles. Elles pourraient ne pas se reconnaître. Ou croire qu’elles feront exception. Jamais, au grand jamais, on doit concevoir un bébé dans l’espoir de sauver son couple. Je le clame haut et fort et y crois fermement.

Pourtant, tu as bel et bien sauvé notre couple à la différence que ce n’était pas le but de ta conception. Je ne cherchais pas de sauveur. Mon bébé, tu nous a pris par surprise et nous avons décidé de t’accueillir malgré tout, sans aucune hésitation.

Avant l’arrivée de ta grande sœur, nous formions un couple solide depuis plusieurs années. Nous avions tout ce qu’il nous fallait pour vivre heureux. Notre histoire n’était pas parfaite et avait été parsemée d’embûches. Le partage des tâches était équitable, chacun faisant sa part. Nous formions un tout. Ton aînée était planifiée, attendue. Nous croyions être prêts.

Nous ne savions pas que nous ne l’étions pas totalement. Parce qu’on sait rarement ce qu’est être parent avant de l’être vraiment. Mais j’ai pour mon dire que, si on est prêt à changer notre vie et nos habitudes, ça va aller. Je le pense toujours.

Quand ta sœur est arrivée, nous débordions de bonheur. Puis nous avons vite été happés. Vois-tu, comme c’est probablement le cas dans plusieurs couples, un parent s’adapte nécessairement moins bien que l’autre. Chez nous, c’était ton papa. Ton papa, il peinait à comprendre qu’il devait s’occuper de ta sœur pour qu’elle accepte qu’il s’occupe d’elle. Créer le lien, c’est de ça dont il était question. À chaque fois que je n’étais pas celle qui prodiguait les soins elle hurlait. À chaque fois qu’elle hurlait, il se fâchait et ne voulait pas s’occuper d’elle. C’était difficile pour lui. Il ne l’avait pas prévu. Avec raison.

Mais surtout, il résistait à changer ses habitudes. Toutes.

Puis moi, plus ça allait, plus j’étais chiante. Rien pour aider.

J’ai pris sur moi. J’ai changé mon discours. J’ai tenté de discuter, de l’encourager.

Mais à mon retour au travail, ton papa refusait toujours de se lever la nuit parce qu’il se levait plus tôt que moi. Chaque demande d’aide pour une tâche ménagère, adéquate ou non, se soldait par un ‘ j’en fais assez, je travaille plus que toi’. Chaque soir au retour du travail, ton papa s’installait devant la télé. Comme avant. Il m’annonçait tout bonnement qu’il sortait, sans préavis, comme dans le temps où nous n’étions pas parents. J’étais une mère monoparentale en couple. Ma décision était presque prise. J’imaginais ma vie seule avec ta sœur. Je n’étais pas effrayée par l’idée de tout assumer seule. C’est ce que je faisais déjà.

Puis un bon jour, j’ai eu du retard. Le test de grossesse était positif. Une surprise.

Notre intimité agonisait, notre sexualité était quasi inexistante depuis belle lurette. Mais tu étais là. Tu as pris mon ventre pour nid un jour durant lequel j’ai vraisemblablement eu un peu foi en mon couple.

Ton papa n’a pas eu le choix de prendre la relève quand les nausées, le reflux, les vomissements, la fatigue extrême m’ont mise K.O. Et il a compris.

Il a compris ce que c’était que de se lever plus d’une fois la nuit.

Il a compris qu’on ne fait pas les choses à la vitesse souhaitée ou comme bon nous semble avec un enfant.

Il a compris que ta sœur s’intéresserait à lui s’il s’intéressait à elle.

Il a compris que le partage n’était pas équitable.

Il a compris que mes demandes afin qu’il s’implique davantage n’étaient pas injustifiées.

Et il a fait des changements.

J’écris ces lignes avec la ferme intention que tu ne les lises pas de sitôt, peut-être même jamais. Mais je te dis merci, même si, au fond, tu n’y es pas pour grand-chose.

Grâce à toi, ta sœur a tissé des liens qui tardaient à se créer avec votre papa.

Sans toi, ton papa n’aurait jamais goûté aux joies véritables de la paternité.

Si aujourd’hui, nous formons encore un tout, c’est parce que tu as pris maison dans mon ventre.

Il serait faux de dire que nous filons le parfait bonheur. Tout comme je serais malhonnête de dire que ton papa et moi formerons un couple jusqu’à la fin de nos jours car nous ne nous sommes pas relevés complètement encore de cette tempête qui a presque eu raison de nous.

Quoi qu’il en soit, rien ne me rend plus fière que de voir l’unité que nous formons et formerons toujours, peu importe ce qui arrive.

La Discrète Maman
LA DISCRÈTE MAMAN

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *