Je m’en veux de t’avoir mis au monde

little boy cry in mother's arm

Mon trésor,

Il n’y a pas un jour qui passe, sans que je me dise que tu es le plus beau, le plus extraordinaire petit humain qui soit. Il n’y a pas un jour qui passe, sans que je me dise que je ferais n’importe quoi pour toi. Il n’y a pas un jour qui passe, sans que je me dise que je t’aime plus que tout.

Mais malgré tout ça, il n’y a pas un jour qui passe, sans que je regrette de t’avoir mis au monde.

Je regrette de t’avoir fait naître sur cette Terre qui suffoque. D’avoir naïvement cru que tu aurais le temps de profiter d’une longue vie et d’élever tes propres enfants avant que la nature se déchaîne pour de bon. D’avoir pris pour acquis le bon air, la bonne eau, les fruits sains.

Je regrette de t’avoir fait naître dans un monde où les dirigeants nous mentent, nous flouent, nous volent. Où chacun d’eux est plus orgueilleux que son voisin, plus entêté et se pense si supérieur, au détriment de tous les gens qui dépendent de leurs décisions.

Je regrette de t’avoir fait naître dans un monde où les pays ne cessent de se déchirer. Où ça explose de tous bords tous côtés, où la violence fait rage, de plus en plus chaque jour. Au nom de toutes sortes de croyances loufoques, au nom de la paix, mais quelle paix?

Je regrette de t’avoir fait naître parmi ces gens égoïstes. De t’avoir jeté aveuglement dans cette fosse aux lions, où le chacun pour soi fait loi. Où on ne se parle plus, où on ne se regarde plus.

Je regrette de t’avoir mis au monde là où l’argent est tout ce qui compte. Où les valeurs telles que l’amour, le respect et l’entraide, ont été lentement mais sûrement reléguées aux oubliettes.

Je regrette de t’avoir mis au monde là où les enfants ne sont plus en sécurité. Là où je n’ose pas te permettre de prendre toute la mesure de ta liberté, par peur de te voir disparaître sans laisser de traces.

Je regrette d’avoir fait passer mon désir d’être mère par-dessus tout le reste. De ne pas avoir pu résister à cette pulsion qui m’habitait, alors que notre monde tel qu’il est a si peu à t’offrir.

En dépit de tout ça, chaque jour je vois combien tu es merveilleux. Je ne peux m’empêcher de croire que peut-être tu feras partie des gens différents, de ce grand changement qui n’a plus le choix d’arriver. Chaque jour j’y pense, chaque jour je l’espère, plus que n’importe quoi.

Et sache que malgré toutes ces peurs qui me hantent, et même si je le devrais sans doute, en fait jamais je ne regretterai de t’avoir mis au monde.

Mélissa Brassard
MÉLISSA BRASSARD

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