Lettre au père de mes enfants : ne change pas

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Mon amour,

Lorsque nous sommes devenus parents, je savais déjà que nous ne penserions pas toujours de la même façon, toi et moi, mais ça, ça faisait partie de la game. C’était bien normal et en quelque sorte, je me disais que ça ferait de nous une équipe plus forte, plus complète. Sans vraiment s’en rendre compte, on prenait le lead à certains instant plus qu’à d’autres, changeant de commandant tout dépendant du moment et de la situation. On réussissait à cerner nos forces et nos limites tout dépendant de ce que l’on vivait dans notre rôle de parent. Sans trop se questionner, sans trop se parler, on savait que de toute façon, on avait la même mission, la même vision globale pour ces petits êtres que nous formions.

En devenant maman, j’étais dès le départ convaincue d’une chose : je me questionnerais toute ma vie et je me poserais constamment des questions sur l’avenir de nos enfant, sur chaque mot prononcé et sur l’ensemble de mes choix tournant en boucle les questions “Est-ce que j’en fais assez ou j’en fais trop ?” et “Est-ce que ce que je fais les aide ou les brime ? “.

C’est donc sur ces bases que la majorité de nos conversations concernant les enfants se sont toujours tenues. Avec le temps, sans cris, ni larmes, au fil du temps, nous en sommes venus à une évidence : nous ne voyions pas les choses de la même manière. Et jusqu’à il y a peu de temps, j’en arrivais toujours au même constat : toi, tu ne t’en faisais pas, tu ne t’en faisais avec rien.

Souvent, à la fin de nos discussions, je dois te l’avouer, je me sentais frustrée. J’avais l’impression que tu ne comprenais pas l’enjeu auquel nous faisions face; on ne parlait pas de la couleur des fleurs du jardin, on parlait de ce que nous avions de plus précieux à faire grandir . J’interprétais tes silences, tes mots et tes phrases comme de l’inconscience. Comment pouvais-tu être si détaché ? Alors, je me questionnais de nouveau; est-ce que j’exagérais ? Est-ce que je m’en faisais trop ?

Puis est arrivé le jour où j’ai décidé qu’il fallait t’en parler. J’ai osé te demander si tu trouvais que je m’en faisais trop. J’ai osé te demander si, quelquefois, tu te questionnais toi aussi et tu m’as simplement expliqué que tu avais choisi de faire confiance aux enfants. Tu avais choisi d’être là. Tu m’as aussi dit que j’avais le droit de me poser toutes ces questions, mais tu m’as surtout dit que tu n’étais pas inquiet pour eux. Par-dessus tout, tu as clairement évoqué que tu étais convaincu de savoir que nous faisions du beau boulot. Tu m’as partagé que tu savais que nous ne serions pas toujours d’accord, mais que nous parviendrions toujours à nous entendre.

C’est à ce moment précis que je t’ai envié. Comme un éclair qui m’a traversée, j’ai réalisé ce que j’avais loupé depuis tout ce temps. En un instant, j’ai soudainement compris que ce que je percevais par moment comme de l’insouciance était en fait de l’assurance . Je t’ai envié pour tous les scénarios catastrophes que tu t’évitais. Je t’ai envié pour toutes ces fois où tu ne t’inquiétais pas de l’impact d’un geste que nous avions posé ou d’une parole que nous avions dite. J’ai compris pourquoi, pour toi, il est si facile de passer à autre chose. Pourquoi tu ne perçois pas comme des échecs les difficultés auxquelles sont confrontées nos enfants.

Soudainement, j’ai tellement, mais tellement envié ta façon de voir les choses. Oui, vraiment, je t’ai envié. Je t’ai envié d’avoir confiance en toi mais par-dessus tout, et le plus important : je t’ai envié d’avoir confiance en nous et j’ai réalisé pourquoi ta présence dans notre famille était si importante.

Reste comme tu es mon amour. Je l’ai déjà dit, mais je le pense plus que jamais : c’est ce qui fait de nous une équipe plus forte, plus complète. Parce que tu sais quoi ? Je pense honnêtement que le monde, notre monde, a justement besoin d’un peu plus d’insouciance et d’un peu plus de confiance.

Phonzine
PHONZINE

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