Le deuil du berceau : le jour où j’ai réalisé que je n’avais plus de bébé

newborn with mother

…et que je n’en aurais plus. Jamais.

Quand j’étais toute petite, j’avais un plan de match, comme bon nombre de petites princesses : trouver le prince charmant, partir au galop sur son cheval blanc, vivre un mariage de rêve, acheter une maison, avoir des bébés.

Dans mon plan de match, il y avait beaucoup de bonheur et l’histoire se terminait par “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”.

Mais, il y a une chose à laquelle je n’avais pas pensé : les bébés grandissent.

Quand j’ai dit adieu au landau de ma p’tite dernière, quand j’ai réalisé qu’il ne me servirait plus, j’ai eu un pincement au cœur. Un énorme pincement. Tellement de souvenirs, de sourires, de chatouilles, d’inquiétudes, de premières fois, refaisaient surface à chaque morceau que je dévissais et mettais de côté. J’avais l’impression que ce travail de démantèlement me prenait une éternité. Que c’était aussi une tranche de moi-même que je mettais en morceaux. Que je ne voulais pas, en fait, mettre fin à cette étape de ma vie. Car avec la naissance de mes enfants, j’avais en quelque sorte vécu une renaissance. Je m’étais redécouverte, avec un tout nouveau rôle qui m’a transcendée, qui a donné un nouveau sens à ma vie.

Ce jour où j’ai vécu le deuil du berceau, j’ai eu mal.

Et ce mal faisait encore plus mal que donner naissance, que crier ma souffrance physique tel un animal primitif. Parce que la douleur du corps passe assez rapidement, mais celle de l’âme guérit lentement. Je n’avais pas réalisé, avant ce jour, que j’avais plongé dans la maternité tête première, qu’elle m’avait submergée pendant des années. Cette mer, je l’ai laissée me bercer, avec ses vagues plus ou moins douces et leurs petits moments magiques, uniques, précieux.

Aujourd’hui encore, le mal est présent. Mais maintenant, je comprends mieux pourquoi, et j’apprivoise cette douleur. Le deuil du berceau, cet adieu que je dois faire à ces moments liés à la naissance, au fait de couver un précieux petit être, il doit être vécu. À chaque fois que je vois un poupon, ce mal refait surface, avec plus ou moins de force. Je regarde mes enfants et je suis fière de ce qu’ils deviennent. Le fait de tirer un trait sur cette phase de la maternité ne signifie pas que je n’apprécie pas le moment présent.

Mes bébés, les grossesses et les accouchements ont marqué mon corps. J’en ai des cicatrices, que j’aime appeler mes « tattoos d’amour ». J’ai effectivement le corps tatoué à jamais, mais mon âme est toute autant tatouée par leurs passages. Les transitions, le temps, le futur – chaque étape est franchie et sera un deuil à vivre, mais aussi le début de quelque chose de nouveau, de beau.

Parfois la petite princesse en moi replonge dans ses souvenirs. Je regarde les photos de mes bébés, je me laisse bercer à nouveau, le temps de tourner quelques pages, par les douces vagues de la tendre enfance.

Et je souris.

Lysiane Beaubien
LYSIANE BEAUBIEN

6 thoughts on “Le deuil du berceau : le jour où j’ai réalisé que je n’avais plus de bébé

  1. FiWaCdY Répondre

    Ouff!! Un peu ce que je ressent présentement. Ma petite princesse va avoir 3 mois dans 3 jours et je ne veux pas qu’elle grandisse!! Je veux vivre tous ces beaux moments encore et encore. Pourquoi la vie passe si vite?!?

    1. Lysiane Répondre

      Il faut en apprécier chaque moment… On le comprend encore plus en étant maman ?

  2. juste1maman Répondre

    Roh la vache, mon petit a 2 ans et demi et je ressens déjà ça. Je n’ai qu’une hâte, retomber enceinte à nouveau. Malgré le fait que ma première grossesse n’était pas drôle, je sais que la 2e sera meilleure. Et quand j’aurais eu le 2e ? Ne me restera plus qu’à convaincre mon chéri d’en avoir un 3e. J’en suis malade d’avance de ne plus faire de bébé…

  3. Thalie Répondre

    ouffff !!! j’ai la gorge tellement serree en lisant ce texte… ma minie aura 4 ans dans 4 petits dodos… et moi j’aurai 42 ans dans 30 maudits dodos !!! en mai dernier j’ai subit un 4eme curetage pour une fausse-couche (6 au total dont des jumeaux en 2015)… et ceci m’a laisse une enorme plaie au coeur.. cette plaie ne pourra jamais se refermer car je n’aurai plus de bebe qui grandira dans mon ventre… mon uterus qui servait de maison a mes petits bebes tombe en retraite et mon coeur ne l’accepte pas… pas du tout :'(

  4. Janie Répondre

    C’est exactement ce que je ressent en ce moment! On nous parle tellement des joies de la maternité mais jamais de ce “deuil” ne plus sentir la vie dans son ventre! Bébé #3 à déjà presque 3 mois et juste de voir que certains vêtements ne lui font plus ça me pince le coeur. On change de chapitre mais je vais toujours être jalouse des femmes enceinte!

  5. Marilyn Répondre

    Chaque seconde je regarde mon bébé d’un mois et demi en me disant que je souhaite la garder petite, fragile, égoïstement dépendante de moi…j’ai peur et j’anticipe le jour où “je n’aurai plus de bébé”..mais ma fierté ne sera jamais moins grande pour autant et je m’y rattache…xx

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