Lettre à l’adolescente que j’étais

sad teenage girl

Enfant, tu étais cute. Tu avais un joli minois, tu ne te posais pas beaucoup de questions. Tu étais comme tous les autres enfants. Ça te convenait.

Puis l’adolescence. Cette période où on veut juste faire partie de la gang.

Tu regardes les filles autour de toi. Leur corps change. Leurs traits s’affinent, leur poitrine se développe. Elles deviennent des femmes.

Il y a aussi celles pour qui la puberté est moins clémente. Elles ont un surpoids. Elles sont couvertes d’acné. Leurs dents sont croches ou encore leurs cheveux sont gras.

Puis il y a toi.

La puberté, un mot qui n’a pas trop de sens pour toi, parce que tu l’attends. Dans le sens qu’elle est arrivée dans ta tête, mais ton corps persiste à rester celui d’une petite fille. Tu te sens seule dans ta clique. Oh! Il y en a d’autres pour qui c’est comme ça, tu t’en rends bien compte. Mais tu les trouves donc plus jolies, plus minces.

Et tu te demandes, parmi toutes ces filles qui changent et évoluent autour de toi, qui vivent leurs expériences, sont en couple : comment est-ce qu’on pourrait bien pouvoir s’intéresser à toi, et ton apparence de petite fille?

Tu préfères donc être invisible. Tu réussis assez bien : tu as des amies, on te perçoit comme la fille tranquille, on te t’écœure pas outre mesure.

Il arrive quand même que les fois où tu essayes d’être in, la bitch avec son corps de femme, celle qui plaît à tous les gars, fait des remarques auprès des autres sur tes vêtements. Dans ces temps-là, tu voudrais disparaître.

Ou encore que le jour où tu t’affirmes un peu plus, celle qui ne t’aime pas la face sans que tu saches pourquoi ne manque pas de souligner ta maladresse et t’ignore, parce que anyway, tu ne dis jamais rien alors tu ne risques pas d’en rajouter.

Tu fais des tentatives afin de prendre ta place. Mais voilà, les filles sont bitch entre elles, soyons franches.

Alors ton estime en prend un coup. Tu restes coincée avec l’étiquette qu’on t’appose. On a beau se dire qu’il vaut mieux ne pas accorder d’importance à ce que disent les autres, il demeure que notre estime se définit souvent dans le regard et la reconnaissance des autres.

Oui, l’adolescence est une période ingrate.

Alors sache, ma belle, que même si tu te sens seule, tu ne l’es pas. Que bien des filles préféreraient ton physique au leur, parce qu’en tant que femmes, on n’est jamais réellement satisfaites de notre apparence, même pour les plus belles d’entre nous.

Sache que nos émotions viennent souvent voiler la réalité qui est souvent surprenante lorsqu’on prend le temps de l’analyser de plus près.

Une fois adulte, au travail, tu pourrais tomber sur le dossier de la fille qui te méprisait, sans aucune raison valable. Et tu apprendras qu’elle vivait de la violence familiale. Ça ne changera rien au mépris qu’elle avait pour toi, mais tu auras de la compassion pour elle.

Lors de ta soirée de retrouvailles du secondaire, la jolie fille extravertie aux allures confiantes que tu côtoyais dans certains cours pourrait te confier avoir hésité à se présenter à cette soirée parce qu’elle a honte du nombre de gars qui se sont retrouvés dans son lit dans le temps… elle pourrait croiser l’un d’eux. Et à ce moment, tu comprendras qu’elle cherchait surtout à plaire et qu’elle a une piètre image d’elle-même.

Un beau jour à la clinique, tu pourrais croiser la bitch que tu enviais jadis pour son corps de femme : elle aura un surpoids. Et tu auras alors un baume sur le cœur. Non pas que tu te réjouisses qu’elle ait un surpoids, mais simplement qu’elle ne soit, au bout du compte, qu’une fille comme les autres.

En attendant, tâche de te faire confiance. Un déclic se produira et tu y arriveras, crois-moi. Tu verras, belle fille, la vie peut prendre une tournure inattendue. Celle que tu crois ton opposée pourrait devenir ta confidente une fois maman. La fille à l’air bête pourrait être la meilleure enseignante que tes enfants auront. Ton amie, une fille aimable et introvertie, pourrait en réalité être une des bitch qui a une opinion dénigrante sur tout et qui s’en donne à cœur joie sur les réseaux sociaux. Et c’est ton physique que les filles que tu envies aujourd’hui pourraient envier quand vous serez toutes devenues des mamans. L’adolescence est ingrate, pas juste pour toi, mais pour nous toutes. Mais elle est passagère et peut t’offrir les plus belles expériences de ta vie.

Souviens-toi de tout ça. Et n’oublie pas de le dire à tes filles, lorsque viendra leur tour. Parce que j’aurais aimé, moi, qu’on me le dise et qu’on me rassure.

La Discrète Maman
LA DISCRÈTE MAMAN

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