À toi, la fille qui m’a intimidée il y a vingt ans

teenager crying

J’aimerais te dire que je t’ai oubliée. Que je ne me souviens plus de la douleur que m’infligeaient tous les mots que tu choisissais pour blesser la mince estime de la jeune fille de douze ans que j’étais à grands coups d’insultes. Mais la vérité c’est que je me souviens de chaque minute. Ça fait vingt ans que tu m’as intimidée. Mais je n’ai pas oublié ton visage. Ni cette envie irrépressible que j’avais de disparaître pour ne plus jamais t’entendre. Ni cette crainte de te croiser dans un tournant de corridor. Ni la salive que je ravalais avant de grimper dans l’autobus scolaire chaque jour. Ni les milliers de litres de larmes que j’ai versées en rentrant chez moi en courant tous les soirs. Ni la douleur qui empoignait mon cœur toutes les fois que tu ouvrais la bouche. Pendant deux ans.

Te souviens-tu de moi ? La fille de qui tu riais à gorge déployée. La fille à qui tu répétais jusqu’à plus de voix qu’elle était certainement la personne la plus laide que tu avais jamais vue de ta vie. La fille que tu traitais de bonne à rien. Celle qui ne ferait rien de bon dans la vie. Celle que tu traitais de conne, d’épaisse, d’innocente, de laitte, de vache, de salope. La fille qui te divertissait, qui te servait de bouc-émissaire quand tu avais une mauvaise journée et qui te permettait de célébrer tes bons coups à grands coups de pied derrière les jambes et de cheveux tirés, juste pour le plaisir.

L’eau a bien coulé sous les ponts suivant ces deux années de calvaire. Par la force des choses, par nécessité, pour me défendre et pour me protéger, je suis devenue plus forte, plus grande, plus fière et je me suis promis que plus rien ni personne ne pourrait me blesser comme tu l’as fait.

J’aimerais te dire que je te pardonne. Que tes insultes ont façonné mon caractère. Qu’elles ont forgé la personne que je suis aujourd’hui. Parce que c’est vrai. Mais je pense qu’il existe plus d’un chemin pour acquérir la confiance en soi. Des chemins tellement moins douloureux que celui que tu m’as obligée à suivre. Et malgré mes efforts, je ne parviens pas à arrêter de t’en vouloir. Je n’arrive pas à entrevoir l’adulte que tu es aujourd’hui autrement que teinté de toute la haine et la méchanceté qui l’ont habité.

Vingt ans plus tard, j’ai appris que tu avais une petite fille et je me demande si ton besoin viscéral de la voir heureuse et de la protéger t’ont rappelé le mal que tu as fait.

Malgré ma rancœur et ma douleur que le temps ne parviendra jamais complètement à estomper, sache que je lui souhaite de tout mon cœur de ne jamais rencontrer celle que tu étais il y a vingt ans au détour d’un corridor.

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8 thoughts on “À toi, la fille qui m’a intimidée il y a vingt ans

  1. Mel Répondre

    À toi la personne que j’ai intimidée.Je ne t’ai pas oublié non plus…Je suis tellement désolé.Moi même je n’avais pas l’âge de comprendre l’ampleur du mal que je t’ai fait,car j’avais aussi tellement mal de me faire intimider à la maison par mes parents.Ils m’agressaient verbalement à longueur de journée de tout les mots inimaginables et toi cette gentille fille qui me ressemblais,tu étais la seule sur qui je pouvais défouler cette rage,ce mal être qui étais à l’intérieure de moi,parce que je savais que tu ne répliquerais pas.À la maison,moi non plus je n’osais pas répliquer à mes parents.J’étais tellement gentil et on me faisait du mal quand même.Je pense toujours à toi,aux excuses que j’aimerais te faire.Tu es toujours dans ma tête.Je ne me pardonnerais jamais le mal que je t’ai fait……

    1. Annabelle Répondre

      Génial ! Je pense souvent à ce que doivent subir les harceleurs chez eux, au sein de leur famille, ainsi que les harcelés… 🙁

    2. D'Jinny Répondre

      C’est exactement le point que j’allais faire!

      C’est très émotif comme texte, je le sais…. Mais c’est aussi très égocentrique comme vision… Il y a 20 ans, l’agresseur aussi était une enfant/adolescente avec très peu de confiance-estime-etc…

      NON pas que ça justifie ses actes, mais ça aide à passer à travers notre drame personnel. Lorsqu’on comprend mieux les raisons qui ont poussé la personne qui nous blesse, on se rend compte que c’était sa survie, et non notre perte, qui était son but…

      Je ne dis pas que le temps seul arrange les choses… Ni que c’est naturel ou facile de changer l’orientation de nos pensées…

      Mais si ce n’est que pour avoir l’esprit plus en paix, ça vaut la peine d’essayer de se mettre à la place de celui ou celle qui nous a blessé. De réaliser qu’elle était jeune et maganée aussi, peut-être avec des modèles inadéquats… Peut-être avec des réflexes moins sophistiqués…

      Je vous souhaite de trouver une belle paix intérieure, victimes et agresseurs. Parlez-vous, mettez-vous à la place de l’autre… Et n’oubliez pas que comment on est traité reflète bien plus de choses sur l’agresseur que sur la victime: ce n’est jamais la faute de la victime. Elle est parfaite et elle est forte d’endurer.

      Les gens heureux ne font pas du mal autour d’eux….

  2. Audrey Répondre

    Ton message m’a fait pleurer. En maternelle, mon garçon à vécu de l’intimidation dans l’autobus, ainsi que cette année(Deuxième )lors d’un cour d’éducation physique et dans la cour d’école. Je suis plus à l’affût, plus sensibilisée à cette dure réalité après avoir moi-même parcouru ce dur chemin. Je n’ai pas oubliée. ..je me rappelle de leurs noms, mais il n’y a pas beaucoup de gens de mon école primaire qui se rappellent du mien. C’est difficile de voir son enfant vivre un peu ce qu’on a nous même vécu. ..mais on réagit plus rapidement pour faire cesser ce cercle viscieux. Les enfants peuvent tellement être méchants parfois .

  3. Annie Répondre

    À toi, la personne qui l’a intimidé, tu peux te pardonner, car nous faisons tous des erreurs. Je sais combien il est tout aussi douloureux d’être celui qui a fait mal à l’autre. Que ton âme puisse trouver repos auprès de Dieu. Tu es déjà pardonner !!!

    Et à toi qui a été blessé, tu peux lui pardonner sa faute? C’est vrai que son attitude à détruit ta vie et j’en suis très triste, j’ai moi-même vécu des situations semblables aux tiennes. Et bravo pour ton courage d’avoir enfin parlé.

    Mais aujourd’hui tu as 2 choix, prendre ce qu’elle t’a fait, considérer le mal et le bien que cela a engendré dans ta vie, puis t’en servir pour faire du bien a d’autres. Pour les enseigner!

    Ou rester avec de l’amertume toute ta vie dans ton coeur.

    Le pardon est un choix!

    Si je pouvais prendre cette petite fille que tu étais dans mes bras et l’empêcher de subir ce que tu as subi, je le ferais, mais malheureusement, nous n’avons pas le pouvoir de retourner en arrière.

  4. Lise Patricia Répondre

    Pardonne, pardonne lui pour le mal qu’elle t’a fait… pardonne-lui, pas parce qu’elle mérite ton pardon mais parce que toi tu mérites la paix… ensuite pardonne-toi… pardonne-toi de ne pas avoir été assez forte pour te défendre et te protéger de toute ces agressions verbales et physiques. Prends la petite fille que tu étais dans tes bras de lumière et console-la, cajole-la, berce-la, donne-lui tout l’amour et la protection que tu aurais aimée recevoir… Sois en paix xxx

  5. Isabelle Répondre

    J’ai moi aussi vécu de l’intimidation à l’école et tout au long de ma vie. Pour une raison mystérieuse, il semble que certaine personne attire ces gens dans leur vie. Je me suis questionné longtemps à savoir pourquoi cela c’était reproduit plusieurs fois dans ma vie. Et avec le temps, les apprentissages, les connaissances et mes nouvelles croyances, Je crois que c’est pour apprendre à s’affirmer, se défendre et mettre des limites. Chose que je n’osais pas faire pour différentes raisons. La meilleure façon de se défendre à été de travailler sur ma confiance en moi et mon amour propre. Cela m’a permit de réaliser que peut-être que ce type de personne ne sont pas bien avec eux. Qu’ils paraissent plus fort que toi mais que finalement quand on gratte un peu plus profondément on réalise que c’est tout le contraire.

    J’ai aussi appris que l’on devait à un moment confronté notre agresseur et dire là c’est assez et faire passer le message que si ça continue il y aura des conséquences. L’intimidation est un acte criminelle et on ne doit pas l’accepter mais l’entourage ne doit pas être complice, ce qui est trop souvent le cas.

    Merci pour ce texte, ça m’a fait du bien.

  6. Marco Répondre

    Je me rappelle de toutes les fois où j’ai encaissé cette argne, cette viscérale haine, qui me plongeait dans ce sentiment de honte. Pourquoi je me défendais pas… Aujourd’hui, 30ans plus tard, mon enfant intérieur a grandi. Le sien aussi. Et tous les 2, on apprend à se pardonner .d avoir, ou ne pas avoir fait. Aujourd’hui, je me donne cet amour, dont j’ai tant besoin. Il adoucit mes souffrances secrètes. Je nous souhaite la paix.

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