Quand amour et violence viennent de pair

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On s’est vues il y a un moment déjà. Mais je ne t’ai jamais oubliée, ton récit m’a marquée. J’ai réalisé beaucoup après toi.

J’avais entendu parler de ton histoire. Puis on s’est rencontrées. Tu me décrivais que tu étais jadis une fille dynamique, fonceuse, indépendante. Paradoxalement, j’avais devant moi une fille cernée, fatiguée, anxieuse. Tu n’aurais jamais pensé te retrouver là. Mais voilà, des fois, la violence conjugale, ça s’installe comme ça sournoisement, et quand tu le réalises, il est trop tard. Parce que si la violence physique est bien connue, la portée de la violence économique, sexuelle, verbale ou psychologique est souvent incomprise, voire même minimisée.

Alors tout comme tu n’avais jamais pensé te rendre là, tu n’avais jamais imaginé que le prince charmant que ton homme était naguère pourrait te faire vivre de tels sévices.

Ton histoire a probablement commencé comme toutes les histoires de violence conjugale. Il te disait tout ce que tu voulais entendre, il a gagné ta confiance. Puis survient une première dispute. La violence, peu importe sa forme. Les excuses, il se justifie, il a agi par ta faute. La lune de miel.

Ça recommence. Le dénigrement. Les menaces. L’intimidation. La dévalorisation. Il prend le contrôle. Les excuses, les justifications. La lune de miel.

On te démolit à petit feu. Tu perds confiance en ton jugement. Tes lunettes sont brouillées, tu crois que tu as provoqué ses comportements. Il prend le contrôle, te domine.

Pour toi, il n’y a jamais eu de coups. Jamais de violence physique. Tu ne réalisais pas que tu étais une victime.

Toi, il te forçait à assouvir ses fantasmes les plus fous. Des heures durant, toute la nuit. Il filmait vos ébats. Il utilisait des gadgets, sans se soucier de ton plaisir ou de la douleur.  Tu étais son objet. Tu devais le faire si vraiment tu l’aimais.  Si tu refusais, c’est que tu ne l’aimais pas, alors il menaçait de se suicider.

Pourtant, tu es finalement partie. Il n’a pas mis ses menaces à exécution.

On t’a dit que tu faisais une dépression. L’agitation. L’insomnie. Les cauchemars entretenant le souvenir envahissant de ces longues nuits. La résurgence du malaise indescriptible, de la douleur, à la moindre vision de la lingerie qu’il aimait te voir porter.

Évidemment, toutes les histoires sont différentes. Il y a les femmes qui sont battues. Celles qui n’ont aucun contrôle sur leurs finances, à qui on confisque leurs cartes bancaires, qu’on infantilise. Celles après qui on crie. Celles qu’on insulte. Celles dont les allées et venues sont surveillées, l’historique du téléphone scruté, les relations contrôlées.

Tout comme il y a de multiples raisons de rester. La dépendance émotionnelle ou financière. La peur des représailles : il te rattrapera, te fera du mal, tu briseras la famille. Il est haut placé, il a un job respectable, il te prendra la garde des enfants. Les menaces de mort ou de suicide.

Dans tous les cas, si tu ne pars pas, c’est que tu as besoin de sentir que tu as tout fait. L’idée qu’il est pire de partir que de rester a pris tout son sens avec toi.

Tu m’as fait comprendre que ce n’est pas si facile de cesser de croire en la possibilité d’un changement. Parce que pendant les périodes d’accalmie, tu retrouves les qualités qui t’ont charmée, tu retrouves ton homme. Que l’homme qui fait violence à sa douce n’est pas absolument un agresseur à temps plein, comme le veut la croyance populaire. Puis, disons-le, l’homme qui maltraite sa conjointe est certes en recherche de contrôle, mais ça n’annihile pas du coup son amour pour elle.

J’ai donc juste le goût de dire de suivre ton instinct. Il y a probablement bien quelque chose qui cloche, quand bien même que ton homme t’aime réellement. Tu n’es pas une épaisse finie sans lui, après tout, tu vivais avant lui. Cesse de te poser des questions, si tu es dominée, c’est toxique. Abandonne tes illusions, il changera s’il veut bien changer. Toi, tu n’y arriveras pas.

Tu es peut-être forte. Sauf que dis-toi bien que tu n’as pas besoin d’avoir eu un couteau sur la gorge pour vivre avec des séquelles. Être coincée dans une situation malsaine de façon répétée te détruira aussi. La perte d’estime et celle de la capacité à refaire confiance, l’anxiété, l’hypervigilance, les flash-back, les comportements d’évitement, la dépression. Tes enfants traîneront ce bagage dans leur cœur et leur âme sinon sur leur corps, épargne-les.

Et toi, qui m’as sensibilisée à une réalité que je croyais connaître, tu es brisée, mais tu n’es pas finie. Ton homme ne saura probablement jamais l’ampleur du mal qu’il t’a fait. Tes blessures cicatriseront. Ta vie ne sera jamais comme avant, mais tu sauras retrouver la voie du bonheur, tant que tu ne crois pas qu’elle repose sur les hommes. Tout comme le soldat qui revient de la guerre avec ses fantômes, tu reviens d’une guerre. Tu es une bonne maman, qui a fait le meilleur choix pour son enfant.

La Discrète Maman
LA DISCRÈTE MAMAN

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