Je voudrais pouvoir t’extirper de ta dépression, mon enfant

depressed boy

Il y a bien des traits de ma personnalité, des bons comme des moins glorieux, que je t’ai passés par la magie de la génétique. Pour le meilleur ou pour le pire, comme on dit devant monsieur le curé ou madame la juge de paix, la vie est ainsi faite et je le savais même avant ta conception.  Mais mes problèmes de santé mentale, j’aurais tellement voulu les garder pour moi et que jamais au grand jamais, tu n’aies à vivre ce que j’ai déjà vécu.

Ta dépression me désarçonne plus que celles que j’ai faites.  Je ne sais pas quoi dire ni quoi faire.  J’ai peur de te pousser dans le gouffre si je pose les mauvais gestes.  Je ne t’ai jamais vu si fragile ou alors, je refusais de le voir.

J’ai mis ta fragilité sur le dos de l’adolescence et du changement d’hormones. Je l’ai mise sur le dos de l’intimidation que tu as vécue. J’ai même blâmé ton cercle d’amis. J’ai cherché toutes les raisons possibles pour ne pas vouloir admettre que tu allais devoir vivre cette période noire, toi aussi.

Mais cette dépression, aussi fou que ça paraisse, c’est la tienne et non la mienne et ça, je dois l’accepter.  Ce qui m’a aidée n’aura peut-être aucun effet pour toi. Et il y a seulement toi qui peux décider de faire des efforts pour aller mieux, selon la limite de ton énergie et de l’effet de tes médicaments.

Tu ne vois pas, et c’est bien ainsi, à quel point je perds mes moyens. Ta maman qui a été longtemps la personne qui avait toutes les réponses pour toi, elle se sent paralysée.  Moi aussi, je m’enfouis le visage dans mon oreiller pour pleurer parce que mes trucs de maman ne fonctionnent pas cette fois-ci.

Il est loin, le temps où un câlin ou un bisou faisait disparaître le bobo.  J’ai besoin de m’équiper autrement.  Mais sache que malgré mon désarroi, je ne te laisserai pas tomber; je vais être là à chaque moment afin que tu trouves le chemin de la guérison. Le jour, la nuit, peu importe – je suis là.

Et je serai aussi ton armure, si tu en as besoin.  Je me mettrai entre toi et le monde pour te laisser le temps de te réparer.  N’oublie pas de me dire, par contre, quand tu seras prêt à voler à nouveau de tes propres ailes.  J’ai bien l’impression que j’aurai besoin de me faire convaincre de laisser aller, encore une fois, comme quand tu étais petit et que je voulais t’éviter les grosses peines qui faisaient pleurer tes beaux yeux.

Il y a une chose par contre dont je suis certaine – tu vas aller mieux et tu vas apprendre beaucoup de cette épreuve.  Tu vas apprendre tes limites, tu vas mieux comprendre comment prendre soin de toi.  Il va aussi arriver que ces nouvelles limites vont te fâcher, te mettre en maudit contre la vie! Que veux-tu, mon amour, apprendre à se connaître, ça veut aussi dire accepter qu’on ne peut peut-être pas tout faire.

Sache que, même si tu as ben hâte que ta dépression sacre le camp, elle va prendre le temps qu’il faudra. Et sache aussi que tu n’es pas à l’abri d’une rechute. Ça fait partie de toi.  Tu vas devoir faire attention à ta santé mentale et ta santé physique.  Et je vais bien m’assurer de te le rappeler, même si ça t’emmerde.

Dans ce cas-ci, comme dans toutes les étapes de ta vie, je te le redis : Maman est là. Dans les beaux moments comme dans les épreuves, tu me trouveras à tes côtés.  Et le jour où tu sentiras que la noirceur dans ton cœur est partie et que tu me trouves trop collante, n’hésite pas à me le dire. Après deux ou trois rappels, je saurai que je peux m’effacer pour te laisser toute la place pour croquer dans la vie à belles dents.

Ta maman qui t’aime comme tu es

Pascale Paulin
PASCALE PAULIN

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