À toi, la maman abîmée par la vie

depressed mother with baby

Personne ne nous a dit en venant au monde ce que la vie nous réserverait. Nous n’étions même pas encore nées que nos mamans se caressaient le ventre en nous souhaitant tout le bonheur du monde, qu’aucun malheur ne pourrait nous arriver. Mais voilà, nous avons vu le jour  et, à moins de vivre au pays des licornes, notre vie serait inévitablement parsemée d’embûches qui nous laisseraient quelques égratignures au passage.

Toi qui as été trompée, personne ne t’a préparée. Tu le croyais sincère et loyal, il te l’avait pourtant promis lorsqu’il t’a regardée amoureusement en te mettant cette bague au doigt.  Il est pourtant parti pour plus jeune que toi. Tu lui en veux de t’avoir laissée seule, tu lui cracherais ta bague au visage s’il était devant toi, mais le pire c’est qu’il a brisé ce que tu avais de plus précieux : ta fidèle confiance.

À toi qui as fait une dépression, personne ne t’a préparée. Seule au fond de ton lit, les yeux grands ouverts, tu ne dormais plus la nuit. Tu devais pourtant te lever tous les matins, afficher ton plus beau sourire pour ton conjoint, tes enfants et tes collègues de travail. Personne ne voyait la souffrance dans tes yeux, alors tu allais t’isoler dans ton auto pour fumer ta clope et pleurer toutes les larmes de ton cœur.

À toi qui s’es fait faussement congédier de ta job de rêve, personne ne t’a préparée. Congédiement illégal pour lequel tu as poursuivi les salopards qui t’ont fait ça. Tu croules sous les lettres, les rapports et les frais d’avocats. Maintenant, tu sais ce qu’est une mise en demeure, mais bien franchement tu préférerais ne pas en connaître la signification et être demeurée la personne que tu étais avant.

À toi qui vis une semaine sur deux sans ta progéniture, personne ne t’a préparée. Tu as fondé ta famille avec celui que tu croyais être l’homme de ta vie. Tu as toi aussi caressé ton joli bedon en souhaitant tout le bonheur du monde à tes enfants. Maintenant, c’est avec une boule dans la gorge que tu les berces le soir car tu sais que demain, ils repartiront pendant sept longues et pénibles journées chez leur papa. Alors que toi tu seras là à les attendre les yeux dans l’eau à plier leurs vêtements et à renifler leur odeur qui te manque tant.

À toi qui as attrapé l’herpès, personne ne t’a préparée. Ce satané virus qui est entré dans  ta vie lors d’une relation antérieure; si au moins tu pouvais te rappeler si c’était bien ou pas. Et non, car jamais tu ne pourras savoir qui te l’a refilé; tu as beau te dire que plus de la moitié des gens sont porteurs de ce virus, cela ne t’empêche pas d’angoisser juste à l’idée de devoir l’avouer à ton prochain partenaire. Et tu es condamnée à vivre avec et à te bourrer de pilules à vie pour être certaine de ne pas contaminer tes enfants ou celui que tu aimes.

Toi qui vis avec un alcoolique, personne ne t’a préparée. Son problème ne te dérangeait pas, jusqu’à ce qu’il pète une balloune.  En plus de l’accompagner au poste de police, tu as dû faire le taxi pour monsieur pendant un an et par-dessus le marché endurer son humeur massacrante parce qu’il ne savait pas quoi faire de ses dix doigts. On te disait que les épreuves les plus difficiles rapprochaient les couples. Aujourd’hui, il te soûle plus qu’il t’enivre et l’ivresse de l’amour s’est évaporée.

Toi qui as trompé ton conjoint, personne ne t’a préparée. La fidélité était pourtant une de tes valeurs sacrées. Alors voilà qu’un jour l’amour est venu cogner à ta porte et tu n’as pas su y résister. Maintenant, tu vis ta double vie avec culpabilité. Tu es prise entre vivre ton amour et briser ta famille ou délaisser ton bonheur pour ne rien vouloir démolir. Tu jongles dans cet équilibre précaire, mais jusqu’à quand sauras-tu rester sur ce fil?

Peu importe ce que tu as vécu ou ce que tu vivras, nous sommes toutes à quelque part des abîmées de la vie. La vie laisse toujours sa marque; parfois elle n’est qu’une toute petite égratignure et d’autres fois, elle nous écorche carrément à vif. Les cicatrices que nous portons au fond de notre cœur ne sont pas visibles, mais elles forgent la personne que nous sommes devenue. Et si aujourd’hui, nous laissions les autres nous regarder de plus près, nous verrions qu’au fond nous ne sommes pas si différentes, nous sommes toutes des abîmées de la vie et entre abîmées, il serait peut-être temps de baisser la garde et cesser de nous juger.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *