J’aurais aimé

old woman hold baby

J’aurais aimé. Ces mots je les ai pensés tellement de fois. J’aurais tant aimé.

On dit tant de choses sur les belles-mères, on les dépeint souvent comme la terrible méchante reine. Dans ma vie à moi, le temps que j’ai eu la chance de t’avoir à mes côtés, c’était complètement autre chose. Tu étais attentionnée, douce et généreuse. Tu étais un modèle d’amour pour ta famille, famille dans laquelle tu m’as fait une place immédiatement. Comme si, dès le départ et malgré notre jeune âge, tu avais cru en moi et en l’amour qui m’unissait à ton fils. Tu m’as fait ressentir cette confiance tout au long des années qui ont passé, tu m’as apporté une oreille fidèle, une épaule aussi, des sourires et beaucoup de rires. Tu étais un modèle formidable de ce qu’est une bonne mère. Et si j’ai eu la chance de le voir, j’aurais aimé en profiter plus.

Un cancer t’a arrachée à nous, mais je ne t’ai jamais oubliée.

Le jour où j’ai su que je portais le premier enfant de ton précieux fils, j’ai pensé à toi. C’est là que j’ai commencé à venir te visiter sur ta tombe à chaque mois de mai pour te présenter mes enfants, pour te parler d’eux et aussi pour leur parler de toi.

Parce qu’outre le fait que je n’avais plus la chance de te côtoyer, outre le vide que j’entrevois parfois dans les yeux de mon homme, j’aurais aimé que tu les vois, ces petits êtres incroyables que ton fils et moi avons faits. Plus encore, j’aurais voulu que tu les connaisses, que tu aies la chance de leur fredonner des chansons en les berçant, que tu les gâtes trop aussi. J’aurais voulu te questionner quand j’avais des inquiétudes, te les présenter dans toutes leurs forces et leurs défis. J’aurais voulu qu’ils connaissent la femme que tu étais. Qu’eux aussi voient dans les manières de leur père ce reflet de toi comme je le vois si souvent.

Dernièrement, mon premier parlait à mon deuxième en regardant ta photo dans notre chambre. Ils jouaient à nommer les personnes sur les photos et devant la tienne, il t’a appelée «grand mamie *jujube*». Ils ne t’ont pourtant jamais vue avec leur «grand papi *jujube*». Mon cœur s’est serré un peu, puis quand j’ai croisé leurs yeux pétillants et que l’un d’eux m’a lancé : « C’est elle qui appelait papa mon petit cochon noir, hen maman ? », une vague de paix m’a envahie. On a parlé de toi, quelques minutes, et ils sont retournés naïvement à leur jeu. Puis j’ai réalisé qu’ils te connaissaient, peut-être pas autant que je l’aurais voulu, mais ils te connaissaient. Que malgré la mort, tu vivais encore un peu, que tu participais à nos histoires, que tu étais présente quand ils cuisinaient avec ton fils, quand je chantais le soir pour eux. Que malgré tout, cette maladie ne nous aura pas tout pris.

C’est un baume sur mon cœur de savoir que même si la mort vole encore des gens que j’aime, ils vivront parmi nous, comme toi, tant qu’on leur fera une place.

Je te promets de ne jamais t’oublier, d’aider nos enfants à te connaître, de prendre ce beau et ce grand qu’il y avait en toi et de leur montrer. Mes enfants sont au fond choyés par deux grands-mères. L’une qui les pourrit en amour, gâteries et câlins et l’autre qui les protège du paradis, qui fait partie des histoires, qui les aide à avoir moins peur de l’inconnu. Un jour j’aurai, je l’espère, la chance de devenir une belle-mère moi aussi et tu m’as donné l’exemple et l’envie d’en devenir une.

J’aurais aimé. Oh oui, j’aurais aimé. Mais j’ai tout de même eu de la chance de t’avoir et j’espère que de là-haut, quand tu nous regardes tous, tu as ce même sourire franc et doux. Que ta famille te rend toujours aussi fière et que tu veilleras sur nous comme tu l’as fait de ton vivant.

Cyntia Dubé
CYNTIA DUBÉ

Une réflexion sur “J’aurais aimé

  1. Marie-Eve Répondre

    Chère Cynthia, je voulais te remercier pour ton beau texte qui s’applique à ma situation présentement. Si tu permets, je vais m’inspirer de tes mots pour faire un hommage à ma belle-maman durant ses funérailles. Merci

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