Je n’y arrive pas

sad mother with kid

J’ai grandi en sachant que j’allais devenir mère. Créer ma famille était pour moi ma destinée. Rien n’avait de sens dans mon parcours si je n’ajoutais pas deux ou trois enfants dans mon portrait familial. Quand enfin mon heure est arrivée, je me suis dit que j’allais être heureuse, transformée. Complète.

Pourtant, maintenant que je suis maman, j’ai quand même l’impression de manquer de morceaux. Je me surprends à me questionner sur mes capacités. Je doute de moi, je me demande si j’étais vraiment faite pour ça, la maternité. J’ai l’impression de faire les choses de travers. J’ai l’impression que mes enfants mériteraient mieux, que je ne suis pas la mère qu’il leur faut.

J’ai bâti ma vie en m’entourant de gens précieux. Je suis de celles qui pensent que l’amitié doit être une priorité car dans les tempêtes, c’est vers ces gens-là que tu pourras te tourner. À coups de téléphones, de soupers au resto, d’activités, j’ai entretenu mes amitiés. J’ai la chance de me sentir bien entourée.

Pourtant, j’ai cette impression que je manque de temps pour mes amies. Je ne prends pas assez souvent de leur nouvelles, je ne suis pas assez présente pour elles. J’ai l’impression de manquer leur quotidien et de ne pas savourer assez notre amitié. J’ai peur qu’on s’éloigne, qu’on se perde de vue… J’ai peur qu’une fois la routine passée, elles ne soient plus là pour festoyer à mes côtés.

J’ai vieilli en voulant avoir un métier qui me rendrait fière. J’ai voulu choisir un métier qui me procurerait le sentiment d’être utile, de faire une différence. Non sans défis, j’y suis parvenue. Quand on m’a diplômée, j’avais le sentiment du devoir achevé. Quand on me valorise pour le métier que j’ai choisi, je me sens privilégiée d’exercer un travail que j’aime.

Pourtant, même si je continue d’aimer mon travail, j’ai l’impression de ne jamais en faire assez. De courir dans tous les sens en essayant de faire mon gros possible. Ce possible qu’on trouve insuffisant. J’ai l’impression d’avoir la tête pleine de préoccupations qui n’ont pourtant aucun rapport avec ma job. Dans ces moments-là, la culpabilité me ronge. J’ai peur de ne plus être à la hauteur, de ne plus avoir ce qu’il faut. D’être passée date.

J’ai avancé dans ma vie en voulant trouver le moyen de rester à jamais une amoureuse. Je veux déjouer les statistiques, rester avec lui toute ma vie. Je veux travailler sur mon couple, ne jamais abandonner. Je veux lui offrir le meilleur de moi et qu’il soit mon meilleur allié.

Pourtant, j’ai souvent l’impression que la routine nous ronge. Je ravale plus souvent qu’autrement mon sentiment de ne pas m’occuper de lui assez. De l’avoir délaissé, de nous éloigner. Quand je pose ma tête sur l’oreiller, je suis complètement vidée. Je ne me sens que trop peu souvent disponible et j’ai peur de ne pas l’épauler assez. J’ai peur que mon amoureux ne soit plus comblé.

Je suis devenue adulte en voulant rester proche de mes parents. Leur rendre la pareille pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. J’ai voulu être une bonne fille, celle qui prend soin et qui devient à son tour un soutien pour ses parents.

Pourtant, sans m’en rendre compte, j’ai passé des semaines sans leur parler. Prise entre mes obligations, je passe trop peu souvent faire un tour dans leur maison. J’ai peur de manquer de temps auprès d’eux, d’être un mauvais exemple pour mes propres enfants. J’ai peur qu’ils pensent que je ne les aime pas ou pire que je me fiche d’eux.

Je suis devenue une femme en voulant le rester. Je m’étais juré que je prendrais soin de moi, que je ne m’oublierais pas. Que je ferais vivre mes passions et que je resterais toujours et avant tout une femme à part entière. Fière de moi et de ce que je suis.

Pourtant, quand on me demande mes passe-temps, je dois y réfléchir trop longuement. Parce que plier une brassée ou planifier les repas n’en sont certainement pas. Je ne me rappelle plus le dernier morceau de vêtement que je me suis acheté, ni de ma dernière visite chez mon coiffeur. Je ne suis plus certaine d’aimer ce que je vois dans le miroir, mais pire, je ne sais plus trop ce que je souhaite y retrouver.

J’ai grandi, avancé, vieilli. Je suis devenue cette adulte que je voulais être. J’ai tous les chapeaux que je voulais porter dans mon quotidien. Celui de mère, de collègue, d’amoureuse, d’amie.

Pourtant, il y a toujours une petit voix au fond de moi qui me répète qu’aucun de ces chapeaux-là, je ne les porte vraiment comme il se doit.

Une petite voix qui me répète que non, je n’y arrive juste pas.

Phonzine
PHONZINE

2 thoughts on “Je n’y arrive pas

  1. C Répondre

    J’aurais pu écrire ce texte… Alors on fait quoi

  2. Bois Répondre

    C’est tout à fait ça. Je me retrouve complètement dans ces lignes. Mais comment faire pour aller mieux, car avancer on le fait mais à quel prix. J’aimerai me coucher le soir sans regretter ce que j’ai pu dire ou faire car m’enervement a encore une fois pris le dessus à un moment ou un autre de là journee… et la culpabilité n’est que plus grande.

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