La grande inquiétude que partagent toutes les mamans de familles nombreuses

four kids in a room

À toi qui viens d’apprendre que la famille allait s’agrandir avec l’arrivée d’un nouvel enfant,  j’ai envie de te féliciter, mais aussi de partager avec toi la grande inquiétude que partagent toutes les mamans de familles nombreuses.

Ton premier enfant, tu l’as attendu, espéré, prié, tant aimé que tu te demandes si tu auras assez d’amour pour le suivant. Tu as certainement entendu de belles phrases toutes faites, voire moralisatrices et culpabilisantes, énonçant les préceptes d’une vérité divine, à dose de “l’amour ne se divise pas, il se multiplie”  ou “peu importe le temps passé ensemble, c’est la qualité qui compte”. Des phrases énoncées maladroitement pour te rassurer et qui ne font que faire grandir en toi le doute d’être capable d’aimer autant ton second que ton premier.

Comment trouvera-t-il sa place dans cette bulle fusionnelle avec ton aîné? Comment arriver à trouver du temps pour lui? Comment être sûre de lui donner tout l’amour dont il aura besoin, l’attention nécessaire sans délaisser le premier? Comment jongler équitablement entre tes enfants en t’assurant de répondre aux besoins de chacun, sans jamais faillir et blesser l’un d’entre eux?

Comment ne pas faire de différence, ne pas les comparer, et n’en préférer aucun?

Comme toi, je me suis interrogée, j’ai douté, et tenté de contrecarrer mes inquiétudes en instaurant des plannings, créneaux horaires et répartition de temps en veillant à la plus grande équité en termes de disponibilité et temps passé. Mais voilà, pour moi, ça ne marche pas. Car ce sont des enfants, des êtres vivants, et non des statistiques en forme de camembert faciles à découper et répartir dans des tableaux.

Alors, s’il n’y avait qu’une chose à partager, qu’un témoignage à te livrer, basé sur ma propre expérience, voici ce que j’aimerais dire.

Je préfère ma fille aînée, lorsqu’elle affiche son sourire édenté par la perte de ses deux incisives, qu’elle rit à gorge déployée, qu’elle se lève pour aller aider sa soeur alors que je suis occupée, qu’elle affiche discrètement l’un de ses dessins au-dessus de mon lit, qu’elle se cache pour imiter sa danseuse étoile préférée, qu’elle vient à la bibliothèque avec moi ou me demande de lui apprendre comment faire des bracelets brésiliens, qu’elle passe de longues minutes à se brosser les cheveux en se regardant dans le miroir.

Je préfère mon fils, lorsqu’il brave son retard de langage pour me rappeler que je parle trop fort et qu’il n’entend rien de son dessin animé préféré, qu’il prend l’initiative de m’aider à porter les courses, qu’il joue au soccer avec moi et affiche une indulgence immodérée pour mon manque de technique, qu’il fait rouler ses voitures ou regarde l’eau couler, qu’il me rappelle chaque soir de son lit pour me demander à boire et gagner quelques minutes de plus avant la séparation de la nuit.

Je préfère ma fille cadette, pour sa joie de vivre et son espièglerie, sa soif de croquer la vie à pleines dents, les gloussements qu’elle émet lorsque je la chatouille, ses petits orteils dodus qu’elle me demande d’embrasser chaque soir, les câlins du matin qu’elle me fait au réveil, pour les robes de princesse qu’elle enfile dès que j’ai le dos tourné, pour sa manière si singulière de se déhancher en dansant, pour sa façon d’écorcher les prénoms du chat et de mon papa.

Et toi, future maman d’une famille nombreuse, je te préfère lorsque tu es vulnérable, tu laisses place au doute mais aussi à la vie et ses imprévus, lorsque tu lâches prise et savoures les moments tels qu’ils viennent, ces moments magiques, improvisés, qui s’invitent dans ton calendrier et tissent des liens indestructibles.

Ose les accueillir, peu importe l’ordre de passage et le temps imparti pour chacun.

Aude Courbouleix
AUDE COURBOULEIX

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *