Je tiens encore debout

mother and kid

Je tiens encore debout et je ne sais pas comment je fais. Je ne sais pas où je puise cette force qui m’habite et qui fait en sorte que je me relève toujours. Dès que mes genoux fléchissent un peu, dès que je suis sur le point de m’effondrer, je me relève. Et je ne sais pas comment je fais.

Je me demande parfois combien de poids mes épaules peuvent supporter. Qu’est-ce que ça va prendre pour que je m’écrase pour de bon? Ça va être quand, le moment où je vais dire “Ah pis fuck!” et juste arrêter de tout porter. Elle est où la limite? Ma limite.

Je tiens encore debout malgré tout. Malgré les briques qui me tombent sur la tête une après l’autre, sans me laisser trop de répit entre chacune d’entre elles. Parce que y’a toujours quelque chose. Toujours. Pourtant, mes moments de découragement profond ne durent jamais bien longtemps. Et je ne parviens sincèrement pas à comprendre pourquoi. Je le trouve où, le courage de tout affronter seule? Comment ça se fait que ce n’est jamais assez pour une seule personne? Comment ça se fait que je suis toujours et encore capable d’en prendre?

Quand je prends le temps de me regarder dans le miroir, après avoir braillé ma vie devant ce que je vois comme étant une montagne, je me surprends à être encore là. Je me regarde et je me parle. Je m’encourage. Je me dis que ça ne peut pas tout le temps mal aller et, surtout, qu’il y a pire dans la vie. Il vient d’où, ce positivisme presque inébranlable? Comment je fais pour encore être capable de voir le bon côté des choses?

Je tiens encore debout, mais je me pose des questions. Combien de matins à pleurer dans sa voiture on peut endurer? Combien de fois on peut se sentir seule au monde avant de craquer pour de bon? Est-ce que ça va arriver tout d’un coup ou est-ce que je vais le voir venir? À quel moment je ne serai plus capable de sortir de mon lit pour affronter ma journée? Quand est-ce que je vais faire demi-tour en arrivant au boulot un matin?

Je tiens encore debout. Malgré que je doive tout gérer toute seule tout le temps. Malgré que toute la responsabilité de trois enfants repose sur mes épaules. Malgré les suivis médicaux, les rencontres scolaires et autres rendez-vous. Malgré les émotions des enfants à gérer.

Mais je tiens encore debout. Et c’est tout un exploit, je pense. Et je sais que je ne suis pas la seule à réaliser cet exploit chaque jour. Parce qu’on est plusieurs parents dans le même bain. Plusieurs parents à fléchir les genoux souvent, mais à garder l’équilibre tout le temps. À pleurer notre vie en cachette et à se retrousser les manches. Et à continuer d’avancer. Sans savoir comment on fait. Sans savoir où on trouve la force et le courage de mettre un pied devant l’autre chaque jour, chaque heure, chaque minute.

Je tiens encore debout. J’ai partagé mon questionnement avec quelqu’un que j’aime beaucoup et il m’a dit que je tenais encore debout à cause de l’amour. L’amour que je porte à mes enfants. L’amour que je reçois de mon village, l’amour que je reçois des gens que j’aide.

Je crois qu’il a raison. Car c’est cet amour qui me donne la force et la résilience dont je fais preuve chaque jour, chaque heure, chaque minute.

Je tiens encore debout.

Émilie Allard
ÉMILIE ALLARD

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