Je suis un père au foyer

father doing laundry

Lorsque j’ai débuté ma profession, je n’étais pas outillé d’une meuleuse angulaire à poignée fuselée, mais bien d’un robot culinaire Elite sept tasses de Cuisinart. Le matin, je ne plonge pas mes pieds dans d’indestructibles et robustes chaussures à cap d’acier que pourrait piétiner un dix-huit roues transportant le poids de la vie. Je revêts plutôt ma cape de superhéro : mon tablier favori tricolore beige, terre de sienne et brou de noix. Mes premiers mentors ne furent pas les Bill Gates, Steve Jobs ou les Warren Buffet, mais bien ce mielleux et amical Ricardo. Ayant maintenant développé mon style, je n’ai plus recours à lui, mais il fut un influenceur présent et actif quand je décidai de devenir père au foyer.

Ma femme a un bon salaire. Elle travaille en tailleur et traite avec des firmes qui ont beaucoup de sous. Elle performe, elle assure, elle roule, une partie d’elle se définit ainsi, elle est bien. Je l’ai séduite à l’époque car j’avais mis dans un jukebox une chanson d’un groupe la faisant vibrer que peu connaissaient. Ébahie de boisson, elle était venue me parler et s’était, dès lors, entamée une profonde et nourrissante discussion qui s’était poursuivie jusqu’à son lit, discussion qui perdure et qui nous comble encore jusqu’à ce jour.

Comme tout le monde, j’ai travaillé dans la vie, mais je n’ai jamais eu de véritable  »carrière » ou de travail qui me passionnait contrairement à l’ambitieuse professionnelle que devint la mère de mes enfants. Il fut donc assez naturel pour nous lorsqu’elle tomba enceinte de notre premier enfant que nous envisagions ce modèle atypique mais modèle qui nous seyait, tel un gant sur la main de O.J. Elle retourna même travailler trois mois après ses accouchements tandis que je donnais le biberon la nuit et que je préparais le manger mou de jour en pliant des grenouillères brunies qui ne reprendraient jamais leur couleur initiale.

Il y a de multiples façons d’être maternel dans la vie. Ce n’est pas parce que la mère de mes enfants n’a pas allaité et qu’elle a passé moins de temps que moi avec ceux-ci qu’elle n’est pas une excellente mère pour autant. Être mère, pour elle, c’est travailler fort pour remplir notre beurrier d’un demi-sel quotidien que je garde température pièce méticuleusement. C’est de présenter à nos enfants une image inspirante de femme forte, de tête et de caractère. Les heures où elle est à la maison, elle déborde d’amour et de tendresse envers ce qu’elle a engendré tout en contribuant avec moi aux tâches que je n’aurais pas complétées (mais, humblement, il en reste peu car je fournis, je suis devenu un pro).

En tant que PÈRE, je ne voudrais pas d’autres sortes de mères que celle-là sous notre toit. Et en tant qu’HOMME,  »C’pas un vrai homme! »,  »pas d’couilles! » ou encore  »moi, j’serais pas capable! » sont des mots doux qui ont été échappés à la volée par l’entourage ayant sa perception de ce qui est masculin (entourage indésirable que nous avons appris à filtrer au fil du temps). À son tour, la masculinité se témoigne et se définit sous d’innombrables formes selon le vécu, le regard et le besoin de chacun. Mais le volet particulier qui m’intéresse ici est sexuel. Il n’y a aucune zone de complexe ou d’écart hiérarchique entre les humains que ma femme et moi sommes. Même que, sous la couette, elle aime que je prenne le contrôle et que je mène la danse. C’est une des multiples manières, chez nous, d’exprimer le mâle en moi.

Non, je ne reçois pas de T4, mais j’ai un travail à temps plein. Il est régulier, sans pause, sans punch, sans patron. Ce travail, je l’aime. Je contemple tous les jours ce que je chéris le plus dans la vie et je suis fier de dire que je rends douillet l’habitat dans lequel ceux que j’aime évoluent. C’est, pour moi, un accomplissement grandiose discret, une réussite qui ne sera pas honorée dans un gala Excellence et Forbes ne se souciera jamais de moi au sein de son glorieux classement mais, avoir le titre de PDG de ma PME familiale et voir l’épanouissement fructifier de mes avoirs vivants en direct, sous mes yeux, est assurément l’emploi le plus nécessaire, bien que souvent ingrat et sous-estimé.

Michael Melvin
MICHAEL MELVIN

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