À toi, la maman qui a perdu un fils dans la tragédie des Broncos en Saskatchewan

Broncos

Tu te souviens de chaque moment. De ses premiers mouvements dans ton ventre. De son premier sourire, de ses premiers pas, ses premiers mots. Tu as ses yeux en tête. Ses yeux que tu ne verras plus jamais. Tu réalises que la dernière chose que tu lui as dite, c’est : « Couche-toi pas trop tard et brosse tes dents! ».

Et c’est là, maintenant, que tu aurais tant de choses à lui dire.

Tu voudrais lui dire qu’il est ce que tu as de plus précieux, que tu l’aimes d’une manière inconditionnelle, même s’il a les dents sales et qu’il a pas changé de caleçon hier soir. C’est ton p’tit, tu l’as construit, une cellule à la fois, jusqu’à ce qu’il devienne ce jeune homme tellement magnifique. Ce jeune homme, qui a cessé de vivre, qui ne grandira plus.

Jamais tu ne t’es figuré ça. Jamais ça ne t’a effleuré l’esprit l’un de ces nombreux matins passés à boire un café froid sur les estrades glaciales des arénas. Tu regardais ton gars pousser la puck, faire des passes, compter des buts. Tu étais fière de lui. Ça ne t’a jamais dérangée de te lever aux petites heures, de couper tes horaires, de mettre ta vie de côté pour qu’il puisse vivre sa passion. Tu as priorisé ton enfant sans jamais imaginer que ta vie pourrait basculer.

Mais voilà. Tout bascule. En une fraction de seconde, sa vie lui a été enlevée. On te prive de l’air que tu respires, on arrache ton coeur, on te broie les entrailles à froid. Ta douleur est telle que mourir avec lui semble être la manière la plus facile d’arrêter de souffrir. Et tu le ferais volontiers sans même y songer si cela pouvait lui rendre la vie.

À toi, la hockey mom qui a perdu un fils. Toi, la soeur qui a perdu un frère. Toi, la femme qui a perdu un mari. Personne ne peut t’enlever ta douleur. Tu vas devoir apprendre à vivre avec elle. Et un jour, en voyant sa brosse à dents sur le comptoir de la salle de bain, tu vas sourire à nouveau. Un sourire mélancolique qui retournera dans tous les sens tous les mots que tu ne lui as pas encore dits.

Accroche-toi ma belle maman. Parce que ton grand garçon voudrait que tu restes celle qui lui hurlait de foncer depuis les estrades glaciales de l’aréna.

Dominique Careau
DOMINIQUE CAREAU

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