Quand tu as cessé de vouloir me faire un bébé

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Quand on s’est rencontrés, j’ai mis mon cœur sur la table et je t’ai révélé mon plus grand désir : celui d’avoir un enfant. J’ai été honnête avec toi, tu avais déjà le tien, mais pas moi. Je t’ai dit qu’avant de me jeter dans notre future relation, avant de construire avec toi cette vie rêvée, je voulais que tu comprennes et que tu acceptes que je désirais une petit être de moi. Je voulais remplir et assouvir ce désir si cher à mon cœur de connaître la maternité.

Tu m’as souri, prise dans tes bras et j’ai compris que tu unissais ton désir au mien. Peu à peu, je me suis laissé aller dans ce début d’amour, dans cette relation enfin saine pour moi. J’ai vendu ma maison, mis toutes mes énergies dans notre nouveau nid d’amour et j’ai continué d’espérer encore plus fort de tomber enceinte.

Ce jour-là est venu, par un mois de février glacial. J’ai vu les deux barres sur ce bout de plastique et mon bonheur m’a enfin explosé au visage. J’avais l’impression, enfin, que la vie était de mon côté. Mais je m’étais trompée, complètement fourvoyée; quelques jours plus tard, j’ai vu mon rêve s’effriter avec ma fausse couche. J’ai hurlé, j’ai pleuré.

Tu as été là pour me soutenir et me convaincre que tout n’était pas perdu et tu m’as insufflé le second souffle nécessaire pour entamer des démarches de fécondation.

On avait quatre chances. On ne savait pas trop dans quoi on s’embarquait, mais je savais encore que je pouvais y mettre mon coeur. J’étais prête et solide. Mon désir était plus fort que le deuil imminent qui planait au-dessus de ma tête si ce projet avortait.

Tu m’as vue espérer à tous les mois, piqûre après piqûre, hormones après hormones. Mon corps me laissait tomber à chaque mois. À chaque fois.

Et un beau jour, ç’a été toi. Toi, celui qui m’avait soutenue et rassurée, tu as décidé de te retirer de notre projet bébé. Tu m’as annoncé que tu ne pourrais pas me le donner, que tu ne voulais plus participer à ce que je désirais le plus au monde : être maman . Toi, qui connaissais déjà la paternité, tu y avais réfléchi et tu trouvais le processus trop compliqué.

Et je me suis vue vivre deux deuils coup sur coup. Le bébé et toi. J’étais abasourdie et déroutée. Je t’aimais, je voulais passer ma vie avec toi, mais serais-je capable de la vivre en passant à côté de mon plus grand rêve ?

La rage a fait place à la peine. J’avais été honnête avec toi depuis le tout premier jour. Pas toi.

Je t’ai demandé du temps pour y penser, pour réfléchir. Puis j’ai décidé de partir. J’ai décidé d’être égoïste et de penser à moi.  Peut-être que je ne réaliserais jamais le plus beau rôle d’une vie, être maman, mais j’étais prête à prendre tous les risques pour qu’il se réalise.

J’étais prête, j’étais décidée à assumer cette décision peu importe le tsunami d’émotions qui s’emparait de mon corps et je ne voulais pas vivre dans cette frustration, dans ce désespoir de m’accrocher à un désir si intense que tu ne voulais pas assouvir avec moi.

En te quittant, je nous évitais ces paroles blessantes, ces situations embarrassantes qui reviendraient tôt ou tard nous hanter malgré les années.

J’ai décidé ce jour-là, malgré ma voix tremblotante et mon amour pour toi, de penser à moi et de faire cavalier seul. Le cœur en miettes, mais la tête en paix .

Sarah Gigure
SARAH GIGURE

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