Je pense à toi, la femme qui reste

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À toi qui restes pour tes enfants, pour ta famille. Tu restes pour préserver ton rêve, ton idéal. Tu as tout donné pour vous, tu as travaillé dur pour t’offrir ce toit, cette vie, ce cocon qui devait te rassurer et dans lequel tu voulais tant grandir. Tu es cette mère que tu as toujours voulu être : fière et droite. De l’extérieur, on t’envie. Tu as tout ce dont on peut rêver. Une belle maison, de beaux enfants, et ton homme… Il est si beau, ton homme. Il est si fort, ton homme. Il est si bon, ton homme…

Tu sais que tout ça n’est qu’un mirage?

Je pense à toi, la femme qui craint. Qui craint sa colère, l’intensité de son regard, ses silences trop lourds de sens, son indifférence. Qui se demande comment sera porté le prochain coup. Qui n’en dit pas trop, qui se tait pour ne pas attiser sa colère, qui redoute son arrivée après sa journée de travail. À qui la vie s’est chargée de révéler un tout autre sens au mot «peur».

Tu sais que l’amour, c’est supposé être simple et beau?

Je pense à toi, la femme qui pleure. Qui pleure à cause de ses blessures, de ses paroles, de ses actes. En silence, tu caches une douleur beaucoup trop profonde. Brisée dans ton âme, tu protèges tes enfants contre des mots qu’ils ne devraient jamais entendre à leur âge. Ce soir, lorsque les lumières seront éteintes, tu le laisseras prendre ce qu’il veut en hurlant dans ta tête.

Tu sais que tes enfants comprennent?

Je pense à toi, la femme qui cherche. Blessée, humiliée, menacée, tu cherches quand même un sens à tout ça. Ça l’affecte, lui aussi. C’est évident : il pleure. Tu as honte parce que tu le juges. Il n’est pas aussi fort que toi. Tu vas l’aider. Il va changer. Tu le comprends. C’est ta responsabilité. Après tout, vous êtes un couple uni dans les beaux comme les mauvais jours. C’est une promesse que tu lui as faite, que vous vous êtes faite.

Tu sais qu’il n’y a pas beaucoup de beaux jours chez toi?

Je pense à toi, la femme qui croit. Qui croit que ton amour peut le changer. Ces excuses qu’il t’a faites, ce cadeau que tu as accepté, cette dernière promesse que tu as accueillie, ce sont les mêmes gestes qu’il a posés le mois dernier. Tu vas continuer d’accepter l’inacceptable. Pour ne pas briser ta famille, pour ne pas enlever un père à ses enfants. Parce que tu crains l’avenir.

Tu sais qu’ailleurs, tu serais libre?

Je serai là pour toi, la femme qui part. Tu mérites mieux que ça, mon amie. Tu es plus courageuse que tu ne le crois. Prends ton temps. Et quand tu seras prête, je serai là pour toi. Oh, ça ne sera pas facile. Mais la vie, ta vie, elle devrait être faite de bonheur et de paix. Mets ta main dans la mienne, je vais t’aider. Ça va aller.

Tu le sais, n’est-ce pas?

Annick Boulay
ANNICK BOULAY

3 thoughts on “Je pense à toi, la femme qui reste

  1. Nat Répondre

    On dirais ma mère qui me parle… oufff

  2. Association Dans les bras Répondre

    Très beau texte sauf que encore une fois messages en direction des victimes et non des bourreaux donc totalement UTOPIQUE !!

    Parce que quoi notre société entière attend quoi pour agir réellement concrètement pour PROTÉGER les femmes harcelés et battues ? Attendre que les voisins, amis ou familles bougent c’est ça leur solution ?? Ben très limite comme soutien aux victimes, je trouve…

    Et si c’était plutôt aux FLICS, vu que c’est quand même leurs boulots de protéger les femmes et enfants, d’être mieux éduquer en PRIORITÉ et outiller pour déceler les plaintes (par ex sans devoir passer chaque fois par des procureurs surchargés qui s’en foutent !) ; afin d’encourager activement les départs des hommes violents du domicile et non les femmes battues de chez elle… Et surtout de ne pas maladroitement décourager les poursuites en les culpabilisant et en les abandonnant lâchement à leurs sorts après annulations de leurs plaintes à cause de vaines promesses et/ou menaces derrière, ce qui conservent ainsi ces femmes des années dans leurs foyer respectifs malgré les multitudes de signalements de violences conjugales et/ou parentales avec risques réels de tortures et d’homicides ensuite !

    Mais nnooonnn ce n’est pas de la faute de notre société mais d’elles parce qu’elles n’ont « pas le courage d’agir » évidemment ! Quel cliché !

    1. Lysiane Répondre

      Je crois que ce texte est dirigée aux mamans, simplement parce que ce sont elles qui lisent en grande majorité les articles publiés sur cette plateforme.

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