Lettre à mon fils de cinq mois

woman with baby on couch

Il y a plusieurs mois déjà, tu as saisi la seule et unique occasion que tu as eue pour former vie dans mon ventre. Moi qui aime toujours tout prévoir jusqu’au moindre détail, j’ai dû accepter que cette fois, c’était toi qui avais choisi ma destinée.

Tu es arrivé vite, un peu trop vite en fait. Jamais je n’aurais pu penser que deux petites barres roses auraient pu créer un aussi gros tourbillon d’émotions. Mais qu’est-ce que j’allais faire, moi, maman? Est-ce que je serais à la hauteur pour assumer un rôle si important, t’offrir tout ce dont tu aurais besoin? Qu’est-ce qui arriverait à ma carrière encore naissante? Que dire des mes deux voyages prévus? Et de ma vie de party avec mes amis et mon chum? Deux petites barres roses, mille questions qui se chamboulent…

Je me suis rendue dans la chambre où j’ai annoncé la nouvelle à ton papa. Il a caché son sourire et sa joie devant mon incertitude. Il m’a fait du bien, car j’ai senti que c’était lui le poteau solide, et moi le drapeau au vent. Le plus important, c’est que j’ai senti qu’à deux on allait y arriver. Car un drapeau ne peut pas flotter sans un mât solide pour le tenir en place. Puis un poteau sans drapeau ne demeure qu’un bout de métal. Alors rapidement, la fierté et le sentiment de protection ont pris la place de l’inquiétude et de la peur. Je t’ai attendu impatiemment pendant neuf mois et j’ai préparé ton petit nid au creux de notre nid.

Mon garçon, si un enfant met de côté une chose chez une maman, c’est bien l’égoïsme (et le sommeil, mais on en parlera une autre fois). Tu n’avais que deux millimètres de long que j’ai compris que ma vie de party, ma carrière, mes voyages… tout ça n’était qu’accessoire. J’allais voyager avec toi, en moi, et te faire découvrir ces joies avant même ta naissance. J’allais retourner à mon poste de travail, après un an de pause, c’est tout. J’allais continuer de vivre ma vie de party, mais à plus faible intensité et avec du moût de pomme au lieu du vin. Toi, tu étais bel et bien vrai, bien réel. Tout le reste pouvait attendre.

J’ai aussi réalisé que l’égoïsme n’avait plus sa place, parce que mon corps n’était plus seulement le mien, il était aussi le tien, ta maison. Que ta santé dépendait de la mienne, et que tu ressentais autant mes émotions positives que négatives, d’où l’importance de miser sur le beau et éliminer le mauvais. Que tout ce que je mangeais et buvais, tu le mangeais et le buvais toi aussi, que c’était mon alimentation qui t’aiderait à former tes petits bras, tes petites jambes, ton coeur, ton cerveau…

Bref, après neuf mois d’attente, on t’a déposé sur moi pour la toute première fois. Je me souviens avoir enlevé instinctivement ma jaquette d’hôpital pour que ton premier contact dans le monde des humains soit ma peau, et non ce tissu bleu porté par mille autres personnes avant moi. Nous avons ainsi passé tes premières heures de vie collés ensemble, à la chaleur, et dans un amour encore tout naissant. À ce moment-là, j’étais loin de me douter de tous les défis qui m’attendaient, et de tout l’amour que j’éprouverais pour le tout petit humain que tu étais. Car tu étais là, sur moi, mais tu demeurais un étranger. Mon petit étranger que j’allais apprendre à connaître toujours un peu mieux chaque jour. Tu m’as regardée avec tes grands yeux et tu as refermé ta petite main très fort sur le doigt que j’avais glissé tout près. Le temps s’est arrêté, j’ai pleuré et j’ai continué de te regarder alors que tu t’es endormi sur moi.

Depuis ce temps, qui a passé si vite, je me suis levée chaque nuit, souvent plus d’une fois par nuit, pour que tous tes petits besoins soient comblés. Tu as dormi de nombreuses (très nombreuses) nuits dans mon lit, à mes côtés. J’ai tenté du mieux que j’ai pu de calmer tes pleurs même les plus intenses. Je t’ai donné tout l’amour que j’avais et aussi toute ma patience. Je t’ai fait passer en premier, bien avant moi et avant tout le monde, comme le font toutes les mamans. Je t’ai regardé dormir, sourire, rire et gazouiller. J’ai regardé chacun de tes petits pyjamas devenir trop petits, chacun de tes cheveux châtains pousser lentement, mais sûrement. J’ai vu tes deux petites dents d’en bas tenter de faire leur apparition dans ton sourire, tes yeux verdir de jour en jour. J’ai reconnu mon caractère dans le tien, et mes traits de visage dans ton propre visage. Tout ce que j’ai observé de toi, je l’ai fait avec les yeux remplis d’admiration, de fierté. Je suis plus que fière du petit garçon que tu es. Je t’aime, dans un sens du verbe « aimer » que je ne connaissais pas avant.

Alors pour finir, mon beau petit garçon, merci d’avoir choisi pour moi cette destinée. La vie est bien faite. Je l’ai toujours su, mais toi, tu en es la preuve

Ariane Lepage-Hurteau
ARIANE LEPAGE-HURTEAU

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