La maman malade

woman sick with daughter

Tu t’es réveillée un matin et ça t’est tombé dessus d’un coup. La chaudière d’eau frette, toi chose, ou pire encore, le bloc de glace direct sur la tête. Un p’tit matin bien ordinaire et le temps d’un millième de seconde que tu n’as pas vu venir, ça t’a terrassée!

Tu as eu mal au dos, à la tête ou à la gorge. Qu’importe! Tu as eu tellement mal que ça t’a donné le goût d’écrire de la poésie à la Baudelaire, de jouer une tragédie grecque et de mourir direct sur scène. Tu as eu mal et tu t’es plainte tel un enfant de cinq ans, qui gémit à l’infini. Mais ce n’est pas ça le pire! Avoir mal, c’est donné à tout le monde. Chacun est capable de crouler sous la douleur et de s’épancher dans son mal-être. Mais toi, tu as quelque chose de plus ou devrais-je dire, de pire. Toi, tu es maman.

Tu ne t’en rappelais pas quand tu as entendu le crac sonore, que tu as présumé venir de ton dos, lorsque tu t’es redressée avec le porte-poussière à la main, hen? Tu ne t’en rappelais pas non plus quand, au crépuscule, tu t’es mise à cracher des mottons verts et visqueux ou lorsque le marteau-piqueur a élu domicile bien au creux de ton crâne. Non, tu l’avais momentanément oublié. Tu t’étais à peine vautrée dans ta douleur incommensurable qu’un cri d’outre-tombe retentit à travers la maison. TA PROGÉNITURE!

C’est vrai, tu es maman toi… même malade, même mal amanchée avec le dos à la Quasimodo, tu es maman. Et pendant que tu te plains de ton triste sort, un petit être sans défense, ton petit être, est secoué de spasmes et de tremblements.

Le petit tas, quasi inarticulé, hurle son mécontentement. Tu as pris cinq secondes de plus qu’à l’habitude pour accourir avec du lait bien chaud à la main et une doudou toute propre dans l’autre.

Cinq secondes de trop! La petite bête se fiche royalement, elle, que ton nez contienne l’équivalent des chutes du Niagara, que ta tête menace d’exploser à chacun de ses cris ou bien que les muscles de ton dos soient sur le point de s’affaisser tel un château de cartes. Lui, il hurle la douleur infinie que ton absence (de cinq secondes, devrais-je le rappeler?) a provoquée chez lui.

Tu traînes ton pauvre corps en perdition vers la bête hurlante comme le condamné à mort qui marcherait vers la chaise électrique. Tu regardes la chose frétiller dans son lit et tu fermes les yeux. Tu te mets, au beau milieu des cris, à rêvasser. Soudainement, tu t’imagines être un moine bouddhiste, un pèlerin sur les routes du monde ou mieux encore, un prêtre. Les prêtres ne peuvent pas avoir d’enfant, non?

Les hurlements te ramènent à la réalité aussi brusquement qu’une tonne de briques sur la tête. Jusqu’à preuve du contraire, tu es encore une maman.

Ça fait que go ma fille, mouche-toi un bon coup et affronte la réalité en face, t’es capable. Parce qu’une maman n’a jamais véritablement le droit d’être malade.

Kim Morin
KIM MORIN

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