femme pleure fenêtre

Ce baby blues

femme pleure fenêtre

Le baby blues serait dû à un débalancement des émotions suite à la chute d’hormones après l’accouchement. En général, il s’estompe après deux semaines de détresse psychologique plus ou moins intense selon chacune.

En tout cas, moi, j’y ai goûté.

Ma grossesse était planifiée, désirée et assumée même si je sniffais presque mon Diclectin en mettant mes foutus bas-collants de contention que j’appelais ma cotte de maille et en chiquant des antiacides.

J’étais au courant que ça pouvait m’arriver mais ayant accouché à presque quarante-deux semaines, je me sentais innocemment à l’abri parce que j’avais plus que hâte que ce rejeton se retrouve dans mes bras au lieu de me démontrer pourquoi certaines côtes sont dites flottantes.

Mais finalement, je me suis surprise, dans un premier temps, à brailler comme une madeleine dans les bras d’une infirmière de vingt ans. Et une fois au bercail, j’ai compris que le calme plat qui enrobait cette nouvelle vie était plus sombre encore. Je pleurais de manière impromptue. Je me sentais insécure face à la maternité. De bien grands classiques, vous me direz. Oh, si ce n’était que cela. J’angoissais au plus profond de moi-même. Je luttais contre un monstre inconnu. Il faisait si froid dehors et quand le soleil se cachait, mon coeur battait la chamade. Cette noirceur. Ce calme que je n’avais pas prévu.

Ce petit être dont j’étais éperdument amoureuse me faisait réaliser la vulnérabilité et la fragilité des premiers instants de vie. Si petit, si important, si délicat. Tellement que j’en perdais la carte. Je paranoïais. J’avais déjà peur qu’il se brûle avec de l’eau chaude. J’avais déjà peur qu’il se prenne un doigt dans la penture d’une porte. J’avais déjà peur que des jeunes se mettent en gang pour le tabasser en secondaire trois.

J’avais perdu tout calme, tout pragmatisme. C’était débile et je le savais. Je savais pertinemment que je ne possédais plus aucun moyen, aucun mécanisme de défense pour lutter contre ce monstre. Et qui appeler? Pas très compliqué quand c’est pour dire que tu pleures pour rien. Tu vas avoir une belle chiée de témoignages qui tendent vers le positif. Mais quand c’est pour dire que t’as peur sans raison que ton bébé déboule les escaliers et que la simple venue de quelques amis qui viennent déjeuner te fait réprimer des larmes de joie, qui va se reconnaître?

Un soir, dans le peak de ce baby blues, j’ai pensé à quelque chose qui m’a profondément effrayée. Je me suis dit que je pouvais dorénavant comprendre, ne serait-ce qu’en partie, comment quelqu’un pouvait vouloir mettre fin à ses jours. Qu’avec un piton collé comme le mien trop longtemps, ça se pouvait de vouloir cesser ce vortex de souffrance. Je n’avais pourtant jamais connu ce sentiment, ni même déjà vécu de dépression. Ces concepts avaient toujours été profondément mystérieux pour moi.

Je n’étais pas à ce point au bord du gouffre, mais je pouvais maintenant saisir ce qui pouvait pousser quelqu’un à vouloir abandonner la bataille. Et j’ai trouvé ça épouvantable. Cela faisait deux semaines que j’avais accouché.

J’ai lutté en m’accrochant à ce que la science affirmait: un baby blues dure de deux à trois semaines et ensuite, il s’estompe. J’ai compté les dodos. J’ai profité de tous les instants de mon petit bébé malgré mon tumulte. Je me suis accrochée à cet allaitement qui allait si bien. J’ai obtenu du réconfort de mon conjoint. J’ai pris sur moi, comme on dit. Et le baby blues a fini par passer.

Aujourd’hui, quand j’en parle, je réalise que je ne suis pas seule à l’avoir vécu si difficilement. À l’époque, je n’en parlais pas parce que j’avais un peu honte. C’était trop intense et ça dépassait la moyenne, selon moi. Mais en fait, d’autres mamans l’ont pourtant vécu.

Donc si tu te retrouves dans cet état après avoir expulsé ta petite créature de rêve, dis-toi que, oui, tu peux prendre sur toi mais fais attention. N’hésite pas à demander de l’aide et n’oublie pas que tu n’es pas seule à virer sur le top.

Je te le garantis, ça va passer, ma cocotte…

Annie Richard
ANNIE RICHARD
Crédit : pixabay.com

Annie Richard

Je suis une mi-trentenaire, maman d'un magnifique garçon de 8 ans et éducatrice spécialisée dans le milieu scolaire avec de jeunes autistes excessivement mignons. Je pratique la couture et quelques sports, que j'abandonne après la moindre embûche. J'ai aussi une fascination pour les dinosaures et Claude Poirier. Je trouvais ça important de le dire car ainsi, on évite les surprises. Bref, j'aime écrire et j'ai envie de vous partager toutes sortes de belles affaires, souvent comiques, dans ma vie de maman.

Plus d'articles

Post navigation

1 Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *