Ta journée de marde, ou la fois où personne ne te comprenait

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Ce matin, quand tu t’es réveillée, tu le sentais que ça allait être une journée de marde. Y’a des feelings de même qui ne trompent pas. Avant même d’ouvrir les yeux, tu le savais que le monde entier allait te taper sur le gros nerf aujourd’hui. Pis ma fille, tu t’étais tellement pas mis le doigt dans l’œil. C’était une de ces journées qui te fait dire que même la plus mauvaise des bouteilles de vin cheap mérite d’être bue. Au complet. Direct au goulot.

C’est sûr que ça avait mal starté. Le p’tit s’était réveillé douze fois pendant la nuit. Douze. Pis ton chum, malgré qu’il est ben ben fin, possède l’ouïe d’un ours en hibernation. Tu as donc dormi, en tout et pour tout, trois belles heures. Pas en ligne, non. En petits morceaux. Ça te gâche un moral avant même que le soleil se lève. Pis ton ours, lui, n’a pas compris ta face d’air bête en te levant. Toi, en beau criss, tu t’es dis que ça prend toujours ben pas un bac pour comprendre que le manque de sommeil, ben ça s’accompagne pas d’un sourire Colgate.

Le début de journée a pas été fort fort non plus. C’est certain qu’un déjeuner frette accompagné des hurlements de mort de tes deux plus vieux s’entretuant pour choisir le poste de TV, c’est pas winner pour la bonne humeur. Pis quand tu essaies de leur expliquer le bon sens en leur disant que c’est l’fun déjeuner dans le calme, ils te regardent comme si tu venais de leur parler de chimie nucléaire. Pis encore. D’après moi, ils auraient mieux saisi. Là, ils t’ont juste fait une face de merlan frit. Pas besoin de t’expliquer qu’un poisson mort, ça comprend fuck all. Ça fait qu’en plus de ton chum qui t’énarve, tes enfants font maintenant partie du lot. Tu t’imagines même qu’un complot se trame dans la famille pour tester ton niveau de maraboutisme. Pis il est même pas encore midi.

Armée d’un troisième café pas plus chaud que les deux premiers, tu te dis que tu vas essayer de changer d’air parce tu as croisé ton regard dans le miroir pis tu t’es presque fusillée toi-même. Tu te dis donc que ce serait un bon moment pour aller faire tes commissions. Mais là, comme lesdites commissions impliquent le magasin de jouets – les maudites fêtes d’amis -, tes enfants sont prêts à faire don d’un de leurs reins pour que tu acceptes de les embarquer dans le char, question de passer le moment le plus  inoubliable de ta semaine.

Ça fait qu’une demi-heure plus tard, t’en as ton tas d’entendre tes enfants te gosser pour que t’achètes toutes les satanées bébelles du magasin. Pis là, la madame qui fait office de commis-vendeuse ose te faire une p’tite blague plate sur ton humeur massacrante avec tes enfants. Dans ta tête, tu as usé de violence envers elle. Mais dans la vraie vie, tu l’as gentiment intégrée au club du monde te tapant sur les nerfs aujourd’hui, c’est-à-dire presque tout le monde. Pis comme t’avais pas encore souri de la journée, tu t’es pas forcée pour elle.

À ce point de ton après-midi, tu te rends bien compte que ton instinct du matin ne t’a pas trompée. Tu vis une véritable journée de marde en bonne et due forme. Tu as donc le réflexe d’ouvrir une bouteille de rouge, parce que le café ne fait plus effet depuis longtemps.

V`là-tu pas que ton chum se met dans la tête de monopoliser la cuisine en vue de préparer un bon p’tit plat pour la famille. Toi, ne voyant pas les bonnes intentions de monsieur because trop en joualvert après la vie, tu chiales comme une bonne que ça fait trop de vaisselle. Pis lui, à partir de ce moment-là, décide d’avoir la même face que toi. Rien pour remonter ton niveau de joie.

Tu rages par en dedans que ton homme, il comprend rien à rien. Pis sans blague, il ne te comprend pas pantoute aujourd’hui. Même ton bébé est flabbergasté par ton humeur et se demande elle est où, sa maman.

Sais-tu pourquoi? Parce que tu ne te comprends pas toi-même. Tu t’endures pas le nez dans la face. Le monde respire pis ça t’énarve.

C’est là que tu t’aperçois qu’au top du top de la hiérarchie des gens énervants du jour, il y a toi. Ben oui, toi.

Mais c’est pas grave la mère. Il y a des journées de même. La perfection n’est pas de ce monde, en tout cas pas dans ta maison. Pis ça arrive à toutes les mamans de se sentir incomprises.

Mais bon, pour l’instant, savoure ton verre de vin et remercie le ciel parce que c’est dimanche aujourd’hui. Ça t’a sauvée de l’apocalypse de la job pis de la course d’une journée de semaine.

Promis, demain, la journée sera meilleure. Pis ton humeur aussi.

Pis en passant, ça te tenterait pas d’aller vérifier si tes règles ne sont pas arrivées une semaine plus tôt que ton chum te demande ? Sait-on jamais.

Audrey Roy
AUDREY ROY

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