maman fatiguée

Je suis maman, je suis fatiguée et ça me tue

Je suis maman, je suis fatiguée et ça me tue.

Chaque jour commence avec un pleur ou un cri et commencer est un bien grand mot. Cela voudrait dire que le jour précédent s’est terminé mais quand les nuits sont interrompues plus de fois qu’il y a d’heures, il est difficile de dire quand une journée se termine et quand l’autre commence.

Je suis fatiguée et ça me tue.

Une fois levée, toutes les choses à faire pendant la routine du matin s’enchaînent telle une danse chorégraphiée et bien apprise, que l’on répète les yeux fermés. Ça tombe bien car mes yeux ne sont jamais tout à fait ouverts. Je fais mon numéro mais contrairement à une danse, il ne semble jamais se terminer.

Je suis fatiguée et ça me tue.

La matinée suit son cours de la même façon chaque fois. Les mêmes livres sont racontés, les mêmes blocs empilés, les mêmes châteaux démolis. Parfois on va dehors, sinon on raconte plus de livres et on empile plus de blocs. On joue aux camions, on récite l’alphabet. Les sourires fusent, mais parfois le mien n’est pas vrai.

Je suis fatiguée et ça me tue.

Arrive le dîner où je présente à mes petits des aliments qui se feront renvoyés à la cuisine à peine touchés. Ma cuisine est le pire restaurant en ville, si je me fie aux critiques quotidiennes de mes clients. Je mange rapidement mon assiette en nourrissant le plus vieux et tiens la suce du plus jeune en me demandant pourquoi les aliments ne goûtent plus comme avant, quand j’avais le temps de les apprécier.

Je suis fatiguée et ça me tue.

Vient la sieste, petite pause s’il en est une, petite accalmie dans la journée. Je pourrais en profiter pour dormir, mais je n’y arriverai pas car le plus jeune se réveille aussitôt déposé. Alors j’essaie tant bien que mal de reposer mes yeux, mais mon esprit y voit le moment parfait pour me rappeler tout ce qu’il faudrait faire et que je n’ai pas encore entrepris depuis que je suis levée.

Je suis fatiguée et ça me tue.

Le début de soirée amène à son tour son lot de batailles et de frustrations. Ma jauge de patience est vide et j’ai les émotions à fleur de peau tout comme mes petits. Les interactions sont souvent explosives et ça me rend furieuse contre moi-même de ne pas finir la journée en beauté.

Je suis fatiguée et ça me tue.

La routine du dodo se passe, habituellement assez bien, suffisamment pour me réconcilier avec mon rôle de maman et envoyer mes enfants dormir avec un bisou sincère, un « je t’aime » qui en contient mille autres. Je m’assois, vidée, sur le sofa. Ma tête veut exploser, les yeux me brûlent. Ce serait le moment de prendre du temps pour moi, mais c’est aussi le seul petit moment que je peux passer en couple. Malheureusement, je suis si exténuée que dans ma tête, il s’agit de temps emprunté sur mes heures de sommeil potentielles; le chronomètre est parti la seconde où le plus jeune a fermé les yeux alors on repassera pour le temps de qualité à deux.

Je suis fatiguée et ça me tue.

D’une journée à l’autre, mon esprit galope, mais mon corps peine à suivre. Je me sens comme un hamster dans sa roue, qui court comme un fou sans jamais avancer d’un poil.

Quand même mon cœur ne suit plus, alors je sais qu’il faut que je demande de l’aide.

Quand tout va bien et que malgré ça, j’ai envie de pleurer, je sais que j’ai repoussé ma limite trop loin.

C’est mon coeur qui me permet de tenir debout, qui me donne cette force pour recommencer chaque jour.

Ce sont les sourires, les câlins, les regards taquins qui me donnent envie de voir ce qui se trouve au détour du chemin, même si celui qu’on emprunte depuis un bon moment déjà me semble infini et parsemé d’embûches.

Ce sont mes petits qui me poussent à continuer de raconter des histoires, empiler des blocs et démolir des châteaux, parce que les rires que nous partageons, les petites têtes accotées sur mes genoux, les petits corps si grands mais encore si petits qui me serrent du plus fort qu’ils peuvent sont ma bouée.

Je suis fatiguée et ça me tue

Mais c’est temporaire et je le sais. Dans l’attente, merci de m’aider et me soutenir.

Ma résurrection prochaine n’en sera que plus grandiose.

Et mon amour encore plus grand.

 

Crédit : Natalia Deriabina/Shutterstock.com

Andrée-Anne

Je suis une maman toute en questionnements, en émotions intenses et au sourire facile. Ne rien faire ne me pose aucun problème. Mon plancher n’est pas toujours propre et mon lavage pas toujours plié. Je suis de nature qu’on dit facile à vivre mais parfois j’en doute. Les hauts et les bas de la vie de maman me donnent parfois l’effet d’être un bonhomme de concessionnaire. Je n’ai jamais autant été émerveillée que depuis que je suis maman. Je n’ai jamais autant aimé que depuis que je suis maman. Et malgré toutes les embûches, je ne regrette rien.

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1 Comment

  • Courage, tenez bon mais surtout ne pas hésitez à demander de l’aide. Ça sauvé. Je me reconnais il y a 3 ans dans ce que vous mettez si bien par écrit.

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