Voici pourquoi je ferme mon service de garde en milieu familial

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ATTENTION : ce texte reflète l’opinion de son auteure et non l’opinion de la plateforme de La Parfaite Maman Cinglante dont le but n’est pas de prendre position mais d’offrir une tribune à toutes les mamans souhaitant faire part de leur vision de la maternité ainsi que de leur expérience personnelle. Par ailleurs, si vous souhaitez écrire un texte en réponse à ce billet, notez que vous pouvez le faire en tout temps et le faire parvenir à [email protected]

Moi, maman à la maison, j’ai décidé de prendre soin de d’autres petits cocos, de les accueillir dans mon nid, dans mon coeur. Il y a treize ans, j’ai décidé de devenir la meilleure gardienne du monde et c’est ainsi qu’une belle aventure a commencé. J’arrive à la fin, heureuse de mon choix. Mes enfants ont mon odeur, mes couleurs et tout cet amour que je porte en moi a été partagé.

Mais si c’était à refaire, Monsieur le Ministre de la Famille, je ne te laisserais pas entrer chez moi.

Je t’ai ouvert ma porte pour offrir aux parents le meilleur prix, 7$ par jour, parce que ça paraît dans un budget. Mais petit à petit, tu as envahi la place, tu as brisé mon échelle de valeurs et tu as dénigré ce que j’ai de sacré et de beau : ma qualité de mère.

Tout au long de notre « collaboration », tu n’as pas cessé de me parler de l’importance d’améliorer mon service pour accommoder ma clientèle.  De me rappeler que la chaleur, le temps, les encouragements, la rigueur, la tendresse, les sourires et l’amour ne sont pas suffisants.

Aujourd’hui, pour être  »conforme », j’ai une trousse de premiers soins avec beaucoup trop de bébelles dedans, j’ai des gants en latex pour changer les couches (au cas où je n’aurais plus de savon?), j’ai mis mes produits nettoyants sous clé et patati et patata. Avant que tu débarques, bien évidemment, mes enfants marchaient sur des clous et buvaient du Windex.

Bien sûr, j’ai réussi tous les cours un peu niaiseux que tu m’as demandé de suivre, mais mis à part le cours de premiers soins, elles ne m’ont servi à rien, ces formations-là. C’est certain que je ne suis pas une éducatrice formée qui a fait trois années de cégep et qui, à vingt ans, est enfin prête à s’occuper des petits Québécois. Mais j’ai eu un cours accéléré quatre fois plutôt qu’une. J’ai une bonne dose de patience, je respire le gros bon sens et ça fait dix-neuf ans que je suis « stagiaire » dans ma propre maison et que je m’affaire à prendre soin de ma marmaille. C’est peut-être fou, mais malgré mon manque de scolarité, mes quatre enfants sont toujours vivants.

Il y a treize ans, j’ai décidé d’être la meilleure gardienne du monde, parce que j’aime les enfants. J’accumule les bons moments, et les moins bons, j’ai gardé des petits doux sages et des petits durs pas sages du tout. Je me souviens de chacun d’eux, de leur nom, de leur date de naissance. Ma tête et mon coeur sont remplis d’instants figés dans le temps. De doux étés passés à se prélasser au soleil, à jouer dans l’eau, dans le sable, de durs hivers qui ne finissent plus, des crises de bacon provoquées par l’obligation de porter tuque et mitaines. Des milliers de becs et de je t’aime. Quand mes pensées s’évadent par là, mon coeur se gonfle et menace d’éclater, mais la réalité me rattrape et me rappelle que je dois me demander quelle sphère de développement a été sollicitée chez l’enfant dans ces instants.

Je suis désolée, mais je te claque la porte au nez. Parce que ça ne t’est pas venu à l’idée que ce que j’ai à offrir est tout aussi bon que ce que propose l’éducatrice formée. Parce que ça fait treize ans que tu inventes des nouvelles niaiseries et que tu veux que ma maison ressemble à une installation.

NON. C’est assez.

Plus de fiches d’assiduité, plus de grandes désinfections après mes cinquante heures de travail, plus de copeaux partout dans ma cour, plus d’avertisseur sonore à chaque fois qu’on ouvre la porte, plus d’enseignes non-fumeurs sur mes murs (misère, belle décoration).

ICI C’EST UNE MAISON OÙ VIVENT DES GENS.

Il est dix-sept heures et avec amertume, je vais fermer ma porte pour la dernière fois, comme d’autres avant moi. Je ne veux plus être la meilleure gardienne du monde, je n’y crois plus.

Monsieur le Ministre de la Famille, au lieu de dénigrer notre qualité de mère au foyer, tu devrais la célébrer et laisser les parents de nos petits cocos choisir la couleur de leur service de garde.

Crédit : spass/Shutterstock.com
Geneviève Ricard
GENEVIÈVE RICARD

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