Lettre à mes enfants, de leur maman séparée

woman and kid on the road

Cet après-midi, je suis toujours couchée, cachée sous les draps. Je sais que je devrai me lever bientôt pour aller porter mon second chapeau, mon préféré; celui de maman.

Au cours des dernières semaines, le simple fait de m’habiller est devenu une tâche difficile à accomplir. Comme ça l’est aussi de porter ce sourire de maman qui cache une femme fatiguée, épuisée, à bout de souffle.

Je croyais que votre papa était le bon. Malgré nos nombreuses chicanes, je croyais naïvement que les choses allaient s’arranger, qu’on allait passer à travers. Mais il fallait être réaliste; vous vous habituiez peu à peu à nos cris et nos regards remplis de violence et de mépris. Il fallait passer à autre chose. Même si mon coeur refuse toujours d’y croire.

Je vous promets, mes amours, que je fais tout ce que je peux pour rendre votre vie aussi belle que possible. Mais on dirait que plus j’essaie, plus je m’enfonce.

La première fois que vous m’avez demandé d’aller chez papa en versant quelques larmes, mon coeur a cessé de battre et j’ai dû admettre que notre séparation vous avait fait beaucoup de mal. Et qu’elle continuerait inévitablement de vous en faire.

J’ai commencé à me questionner, à me juger moi-même. Qu’est-ce que je faisais qui n’allait plus ?

Au moment où je vous écris ces quelques lignes, une montée d’angoisse traverse mon corps et j’ai peur. J’ai peur de me tromper. J’ai peur de ne pas être parfaite. J’ai peur de vouloir en faire trop ou de ne pas en faire assez. J’ai peur de vous décevoir.

Je suis consciente que vous n’attendez de moi que de l’amour. Et j’en ai. J’en ai pour  vos petits sourires quotidiens et vos éclats de rire qui me font bien souvent verser quelques larmes. J’essaie d’être discrète mais je sais que vous me voyez. Parfois, vos petites mains qui m’entourent pour me consoler me font du bien en même temps qu’elles me  font mal. Oui, de l’amour pour vous, j’en ai toujours. Mais c’est pour m’aimer moi-même que je n’en ai plus en ce moment.

Je refuse que vous me voyez encore longtemps ainsi. Je refuse que vous continuiez de percevoir ma tristesse.

Mon bonheur est encore loin. J’ai beau ramer, je tourne en rond et je ne vois pas le phare illuminer l’horizon. Il y a trop de nuages. Attendez-moi, mes amours, un jour, je saurai à nouveau m’habiller parce que j’ai envie de le faire.

Ce matin n’est pas un bon matin, mais il y a beaucoup de centaines de matins dans une vie de maman.

Je vous aime du plus profond de mon coeur. Toujours et à jamais.

Maman

Crédit : Yuricazac/Shutterstock.com
Julie Beauvais
JULIE BEAUVAIS

Une réflexion sur “Lettre à mes enfants, de leur maman séparée

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