La visite au restaurant à travers les yeux de bébé : plaisir ou affliction

baby at restaurant

Bonjour, on m’appelle Louis-Xavier. J’ai neuf mois et je suis le fier héritier de mon père et de ma mère. Depuis mon arrivée, mes parents n’arrêtent pas de s’exclamer à qui veut l’entendre que leur vie a tellement changé. Je ne vois pas de quoi ils parlent. Nous avons tant de plaisir en famille. Laissez-moi vous raconter comment ça se passe quand nous allons souper au restaurant et vous allez voir que j’ai raison.

Avant de partir au resto, maman passe des heures à se regarder devant le miroir et à farfouiller dans sa garde-robe. Elle est agacée parce qu’elle ne rentre plus dans ses vêtements et elle dit qu’elle est complètement passée de mode. Seigneur qu’elle est chialeuse ma mère, toujours à se critiquer, à se trouver grosse. Tout le monde lui dit qu’elle va finir par la perdre, sa foutue bedaine. Pour ma part, je le trouve confortable, son petit pneu. Son allure un peu joufflue, à la Chipmunk, lui va si bien.

Enfin prête, elle sort de la chambre avec un look, selon moi, beaucoup trop jeune pour elle et un chandail un peu trop ajusté. Les seins débordent de partout. C’est mon frigo alors bas les pattes. Tout de go, je m’empresse de rectifier la situation et lui beurre bien comme il faut la devanture du gilet avec mon meilleur régurgit pour la forcer à aller se changer. Comme si j’allais sortir avec une Ariana Grande d’allure un peu grotesque.

Rendus au restaurant, mes parents évaluent la meilleure place pour ne pas que je dérange les petits couples amoureux. On est dans une rôtisserie, il est 11h20, on ne dérange personne, voyons donc. Y’a juste les fous qui mangent avant midi. Sauf que nous, on a pris le petit déj aux alentours de 5h45 ce matin.

C’est l’heure de faire chauffer mes purées royales parce que moi aussi je mange à présent. Timide de nature, ma mère demande à la serveuse si c’est possible de les faire chauffer. Pour encourager ma maman, je pousse trois-quatre cris parce que la serveuse n’a pas l’air vite vite et j’ai vraiment faim.  Bordel, que c’est compliqué. Elle veut maintenant savoir combien de temps elle doit faire chauffer mes purées dans le micro-ondes. On s’en fout, elles goûtent la marde anyway. Toi, en mangerais-tu du veau en purée? Juste l’odeur, beurk.

À travers ça, mon père fait semblant de lire le menu tandis que maman fait un peu de gymnastique avec moi. Ça me fait du bien de bouger et de me dégourdir, mais ça a plutôt l’air de fatiguer ma maman. Elle se met à suer à grosses gouttes. Papa choisit le club-sandwich avec frites et vu que ma mère n’a pas le temps de regarder le menu, elle prend la même chose. Il me semble qu’elle devrait éviter les frites si elle se trouve si grosse. Hum…je ne comprends pas toujours les adultes.

Élément de SURPRISE! Maman m’a apporté du spag coupé en tit, tit, tit morceaux. J’agite les pattes, les bras, maudit que ça va être bon. Un peu de glucides. Mon fun est de tirer le plus de petits, petits, petits morceaux par terre pour que mon papa se penche pour les ramasser. Je pense qu’il aime bien ce jeu. Il m’imite et se déplace à quatre pattes comme moi, c’est drôle.

Oh! On a de la visite. Juste à côté de nous, un charmant couple prend place et me sourit. Ce doit être des grands-parents. En tout cas, ils ont l’air vieux avec leurs rides et leurs cheveux blancs. Je trouve qu’ils me ressemblent un peu à la naissance. La dame me parle et me fait des guili-guili. Franchement, pas besoin de m’infantiliser. Le vieux monsieur échange quelques politesses avec mes parents et là, commence la série de questions qui tuent.

Ma chère dame, avez-vous fait baptiser votre enfant? Est-il vacciné? Est-ce qu’il dort bien? A-t-il commencé à babiller? J’espère qu’il se déplace pour son développement moteur? Et la garderie, vous y avez pensé?

Et ça continue, et continue, et continue, ils n’arrêtent pas de bombarder mes pauvres parents. Soudainement, j’aperçois la lèvre de maman qui tremblote.

Mes parents semblent sur le point de craquer. C’est trop pour eux tous ces questionnements sans fin. LOUIS-XAVIER À LA RESCOUSSE!!! J’empoigne un couteau sur la table, atteins la salière qui rebondit dans les purées qui aspergent papa et maman. La salière roule au sol et la serveuse s’enfarge et tombe.

Vous pouvez me remercier les parents de vous avoir sortis du pétrin, nous voilà dans la voiture en route pour la maison.

On recommence quand?

Collaborateur : Louis-Xavier signé Roselle Simard

Roselle Simard
ROSELLE SIMARD

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