Vivre dans l’attente

portrait of a mother with her 3 monthes old baby, top view point

Du plus loin que tu te rappelles, tu as toujours voulu des enfants. Tu en as rêvé depuis l’âge où tu jouais avec tes poupées.

Puis un jour, tu as rencontré un homme qui t’a dit les mots que tu attendais depuis si longtemps : je suis prêt.

Tu ne le savais pas à cette époque, mais à partir de ce moment précis dans ta vie, tu as commencé à vivre dans l’attente.

L’attente de la suite. L’attente de la prochaine étape. L’attente du lendemain, meilleur et plus facile.

Tu as vécu dans l’attente d’une grossesse qui n’est peut-être pas arrivée aussi vite que tu l’aurais espéré. Tu attendais avec impatience le matin où ton petit pipi te permettrait enfin d’apercevoir le signe magique sur le bâtonnet. Chaque mois devenait plus lourd pour ton cœur. Cette attente te rendait souvent triste, à fleur de peau. Tu en as presque oublié de profiter de ces instants où l’intimité avec ton homme se renouvelait plus rapidement qu’à l’habitude, où les ébats se rapprochaient de plus en plus sur le calendrier. Tu en as oublié de vivre ce présent rempli de frénésie.

Tu as ensuite vécu dans l’attente que ta grossesse se termine enfin. Tu attendais avec une impatience remplie d’hormones que cet enfant tant espéré se pointe enfin le bout du nez. Chaque semaine devenait plus lourde pour ton corps. Tu n’en pouvais plus de tous ces malaises, de cette fatigue, de ce poids à traîner. Tu en as presque oublié de profiter de tous ces instants magiques de la fin de la grossesse, ceux où tu imagines le visage et les orteils de ton enfant. Tu en as oublié de vivre ce présent où tu ne faisais qu’un avec ton petit, présent que ne reviendra jamais.

Tu as aussi vécu dans l’attente que ton petit amour fasse ses nuits. Tu attendais avec une impatience gonflée par le manque de sommeil que cet enfant grandisse juste assez pour ne plus avoir faim la nuit, pour ne plus avoir besoin de ta présence au moment où toi, ce dont tu avais besoin, c’était de fermer les paupières. Chaque nuit devenait plus lourde pour ta santé mentale. Cette attente te créait de plus en plus de frustrations à chacune de tes levées du corps. Tu en as presque oublié de profiter de ces instants précieux où tu berçais ton bébé dans le silence et la pénombre, ces instants où son petit corps tout chaud se blottissait contre le tien. Tu en as oublié de vivre ce présent où ton enfant était encore assez petit pour tenir au creux de tes bras.

Tu as vécu dans l’attente que ton enfant passe enfin par-dessus son terrible two et son fucking four. Tu attendais ,avec une impatience difficile à contenir certains matins, que ton mini arrête enfin les crises de bacon pour des raisons toutes aussi banales les unes que les autres. Ton quotidien devenait de plus en plus lourd à chacune des oppositions de ton enfant. Tu n’en pouvais plus de gérer la colère et le mécontentement de cet enfant qui, jusqu’à tout dernièrement, était si charmant. Tu en as presque oublié de profiter de tous ces petits moments de douce folie qu’apporte avec lui un bambin de cet âge. Tu en as oublié de vivre ce présent rempli de l’émerveillement de la tendre enfance.

Tu as enfin vécu dans l’attente que ton enfant atteigne l’âge de la parfaite autonomie. Tu attendais avec une impatience débordante d’espoir que ta progéniture puisse enfin s’occuper d’elle-même sans toujours être accrochée à toi. Tes journées devenaient lourdes à force de pousser ton préado à effectuer quelques tâches sans hurler son nom. Tu n’en pouvais plus de tout faire pour tout le monde depuis si longtemps. Tu en as presque oublié d’être éblouie devant tous les apprentissages que ton enfant effectuait à une vitesse folle. Tu en as oublié de vivre ce présent chargé des derniers moments de l’enfance qui s’envolait peu à peu.

Puis bientôt, tu vivras dans l’attente que la crise d’adolescence de ton enfant se termine enfin. Tu attendras avec une impatience gonflée de tristesse que ton chéri redevienne comme avant. Qu’il redevienne l’enfant que tu as connu autrefois. Les mois deviendront lourds pour ton cœur de mère. Tu n’en pourras plus de te sentir loin de cet enfant qui avait pris toute la place durant toutes ces années. Tu en oublieras presque de profiter de son autonomie si chèrement acquise. Tu en oublieras de vivre ce présent où ton enfant devient un adulte accompli sous tes yeux.

Puis un jour, le camion de déménagement sera devant la maison, amenant avec lui ton enfant vers sa liberté.

Et tu pleureras.

Tu vivras dans l’attente de ses visites, pas aussi fréquentes que tu le souhaiterais.

Ma belle maman, cesse de vivre dans l’attente.

Profite du présent même si parfois il est lourd, même si parfois c’est difficile.

N’attends plus à demain.

Le présent, c’est maintenant.

Audrey Roy
AUDREY ROY

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