Ton abus d’alcool, mon chum

man drinking

Depuis les derniers mois, nos moments privilégiés pour profiter de bonnes bouteilles de vin semblent avoir perdu leur effet particulier. La règle du « seulement vendredi et samedi » ne tient plus pour toi et c’est une bouteille à la main, des fois deux, que tu as pris l’habitude de passer la plupart de tes soirées. L’excitation du premier verre partagé ensemble un vendredi soir après une longue semaine de travail a laissé place à une habitude banale que je ne partage pas avec toi. Ce vin, autrefois complice de nos beaux moments de détente, qui nous accompagnait durant des heures de discussions interminables, m’écœure.

Il m’est arrivé plusieurs fois de te laisser savoir que ta nouvelle habitude m’irritait. Maintenant, je préfère éviter le sujet parce que je préfère le silence au conflit. Moi qui nous voyais vieillir vieux, encore très amoureux, j’ai de la difficulté à entrevoir cette possibilité. Ta relation avec l’alcool a mis du brouillard sur ma vision de notre vie à deux. Je ne peux m’empêcher de me demander si cette habitude sera tienne encore dans dix ans. Est-ce que ça finira par finir ou bien est-ce que c’est notre couple qui y passera? Combien de temps avant de sortir du brouillard? Ou plutôt, est-ce qu’on en sortira même un jour? Je m’imagine souvent habiter seule, sans toi, sans vous. Je ne peux me résoudre à cette éventualité, mais je préfère quand même l’envisager pour tranquillement me préparer. Tu sais, tout d’un coup que…

Toi qui est si rationnel, passionné et réfléchi, qui me fais rire et qui me fais pleurer par tes propos remplis d’amour, je ne te reconnais plus lorsque tu as bu. Tu as une attitude désagréable et cherches le conflit. Tu tiens des propos désobligeants et tu as un ton agressif. Il m’arrive souvent de ne pas te contredire simplement pour éviter de déclencher une argumentation sans queue ni tête avec un homme saoul, même si souvent, ce que tu dis mériterait que je te dise le fond de ma pensée.

Quand tu te glisses dans notre lit aux petites heures du matin parce que tu t’es encore endormi sur le divan du salon et que tu me réveilles, ça me fâche intérieurement. L’odeur d’alcool que tu dégages me monte au nez et me fait rager. Tu te rendors aussi rapidement que tu es arrivé, puis tu te mets à ronfler. Moi, encore éveillée en secret, derrière mes yeux fermés, je fulmine. Tu ruines mon sommeil et la rage au cœur, c’est moi qui vais rejoindre le divan que tu viens de quitter avec mes bouchons aux oreilles pour m’assurer un semblant de restant de nuit.

Tes lendemains ne sont pas plus brillants. Tu te lèves tard, tu vaches dans le salon et repousses les tâches à faire dans notre maison. Bien sûr, ta patience n’est pas au rendez-vous. De mon côté, je continue à vaquer à mes occupations, mais je trouve que tu manques à ton devoir de parent quand je vois tes enfants tourner en rond. Je prends donc sur moi de les occuper un peu, de leur proposer des jeux ou de leur trouver des activités avant qu’ils ne commencent à nous embêter lorsqu’ils manquent d’attention.

Des fois, j’aimerais décanter tranquillement ma journée avec toi, comme avant, mais le goût n’y est plus. Prendre un verre avec quelqu’un qui veut prendre la bouteille rend le moment moins agréable. J’aimerais retrouver l’équilibre que nous avions, parce que tu le sais, être équilibré me rassure et je ne chemine pas bien dans l’insécurité.

Ta tempête m’apprend beaucoup. Elle m’apprend que le soleil ne peut pas briller éternellement. Elle m’apprend que la pluie peut s’abattre sur nous, même quand on se croit à l’abri. Elle m’apprend une patience et une tolérance différentes de ce que je connaissais. Elle m’apprend qu’il faut parfois pagayer pour deux. Elle m’apprend à quel point je t’aime. Elle m’apprend aussi que c’est possible de te détester profondément par moments. Elle m’apprend à entrevoir le pire. Elle m’apprend à apprécier le meilleur du moment présent. Elle m’apprend à connaître mes limites. J’espère simplement que la pluie va cesser, parce que je n’ai pas encore vu jusqu’où mes limites peuvent aller, mon chum, mais j’ai peur de les atteindre avant que tu atteignes encore le fond d’une énième bouteille de vin.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

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