La revanche de papa : la maudite belle-mère

mature woman angry

Un dimanche par mois, elle revient inlassablement et périodiquement telles les règles qui assaillent ma douce et qui m’affligent également par association. Je ne peux l’éviter, je ne peux feindre une subite migraine, je ne peux fuir ou me réfugier chez un ami célibataire qui vit sans cette torture. Le X rouge au calendrier me rappelle cruellement que c’est la mensuelle journée où ma belle-mère vient dîner à la maison et qui s’étire parfois en souper, ajoutant l’insulte à l’injure.

Cette belle-mère qui s’improvise médecin diagnostiquant à distance des varicelles quand mes enfants toussent; cette belle-mère qui arrive toujours avec une nouvelle décoration qui ne s’agence pas à la décoration de la maison que j’ai mis du temps à bâtir et que je dois installer dans les cinq premières minutes suivant son arrivée; cette belle-mère qui s’est échappée et qui a « involontairement » vendu la mèche relativement au « surprise » que j’organisais depuis trois mois pour le trentième de sa fille; cette belle-mère semi-sénile, mais suffisamment autonome pour que l’on ne puisse la déclarer inapte et l’enfermer à jamais dans une résidence pour personne gossante!! Ce n’est pas que je ne l’aime pas, elle est gentille mais…mmm non…je ne l’aime pas.

J’ai promis à ma chérie que je serais de bonne foi, que je serais conciliant, que je garderais mon sang-froid, que je refoulerais mon désir profond de tenir la tête de sa mère dans l’eau du bain quelques secondes mais tu sais, quand tu te promènes avec une écharde de deux pouces dans l’œil, tu as beau dire que tu vas l’accepter et vivre avec, ça demeure tout un défi. La masse âgée n’a pas mis un pied dans la maison qu’elle passe une remarque sur ma barbe mal taillée, mes cheveux négligés qui chatouillent mes oreilles, ma face de gars fatigué. L’envie folle de prendre un oreiller et de le lui déposer avec une tendre fermeté sur le visage m’envahit, mais je n’en fais rien et je garde cet implacable sourire qui blufferait même Daniel Negreanu.

Son vieil œil de chouette distingue l’absence du chandelier en fer forgé qu’elle nous avait acheté. Vite, je cherche une histoire crédible! Je lui explique que notre chat, qui traîne 25 lbs de surpoids, a sauté six pieds dans les airs en pourchassant une libellule et a décroché par mégarde le chandelier, celui-ci se fracassant en mille morceaux. Elle me scrute suspicieusement, mais je garde invariablement ce sourire niais qui, je le sais, lui donne de tumultueuses palpitations cardiaques. Je me retiens pour ne pas faire de high five à mon chat qui me regarde silencieusement de son œil complice. Il a le dos large dans tous les sens du terme ce matou.

L’ancienne chose passe au salon et s’assied sur ma causeuse favorite. Son odeur s’y imprégnera pendant quelques jours et le cœur me lève à penser que je tremperai dans ce répugnant jus en regardant mon hockey. Je lui apporte une coupe de vin que je ne coupe pas d’arsenic, car je sais vivre après tout. Mon garçon s’approche d’elle et lui montre le dessin d’un gracieux et noble brontosaure que nous avons fait lui et moi.

-« Hooooo le beau rat » lui balance-t-elle

Mon garçon lui explique que c’est un brontosaure, un dinosaure herbivore de la famille des Diplodocidae. Elle lui rétorque qu’il est difficile pour sa vue faible et cataractée de distinguer un rat d’un dinosaure. Étrangement, ce qu’il reste d’utile aux deux œufs pochés qui ornent sa face fripée ne sert qu’à voir les défauts de ma tronche ou l’absence des parures de la honte qu’elle nous dompe sans approbation.

Pendant que j’utilise mes enfants comme échappatoire et que je fais semblant de jouer avec eux, mon amour cuisine pour nous tous. L’archaïque artéfact n’est pas en mesure de porter main forte car ses rhumatismes, ses hanches, ses reins et son ostéoporose la font souffrir de façon insoutenable. C’est peut-être sa danse sociale avec Léopaul du lundi ou sa ligue de quilles avec Armand du mercredi ou ses soirées d’échangisme au CHSLD du Manger Mou du samedi qui font qu’elle se transforme incontournablement en titanesque épave dès qu’elle squatte chez nous.

Nous mangeons, j’écoute les histoires insipides que l’ancêtre nous gerbe. Elle finit de manger, je la dessers sans attendre, je la chasse avec classe et je vis ce moment jouissif, celui de regarder son auto s’éloigner lentement de ma maison. Je ne savais pas à ce moment que c’était la dernière fois que je la verrais.

Cinq ans plus tard, je m’en veux encore quand je regarde ma femme et que je vois à travers ses yeux mon incapacité à m’être acclimaté à sa mère, cette belle-mère qui engendra un être aussi parfait pour moi.

Michael Melvin
MICHAEL MELVIN

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *