Ton don d’organes, mon bébé

doctor whith baby

Tu viens à peine de quitter mes entrailles, de prendre ton premier respire. Les papiers qui confirment ton existence traînent sur la table de la cuisine. Je suis excitée, c’est ton premier courrier. La parfaite carte-soleil sur laquelle un jour ton charmant visage apparaîtra se glisse hors de l’enveloppe et tombe avec elle une panoplie de papiers usuels. C’est à nous, tes parents, les responsables de ton existence, qu’incombe la responsabilité de les lire et de les remplir. Mes yeux se pose sur la feuille de don d’organes. Il va de soi que je vais la signer. Je prends mon stylo et puis j’arrête.

C’est plus fort que moi. Je regarde ton tout petit corps qui dort et l’idée qu’on puisse le séparer en petites parties me crève le cœur. J’ai ce goût désagréable dans la bouche. De la difficulté à avaler. Et pourtant ce n’est pas comme si je signais ton arrêt de mort. Ce n’est qu’un au-cas-où. Au cas où il nous arrive tous quelque chose. Au cas où, prisonnière de mes émotions,  je ne sache plus faire ce qui est bien et mieux. Je regarde ton papa. Il a lui aussi posé les yeux sur la même feuille. Je n’ai pas besoin de poser de questions, je connais sa réponse et pourtant je tarde, espérant la sonnette annonçant une visite, un coup de téléphone, du temps à gagner pour ne pas signer encore ta carte. Pour l’oublier par accident.

Tu ne le sais pas, mon amour, mais une personne à elle seule peut sauver huit vies et redonner une qualité de vie à quinze personnes qui ne l’attendaient plus. Tout ça par le don d’organes et de tissus. Une simple personne, aussi petite soit-elle.

Ils sont des milliers à attendre, plusieurs meurent chaque année, en attente, parce qu’on est trop nombreux à ne pas signer, à avoir peur.

Ce ne sont que des statistiques, mais je les connais, je les ai lues. Des chiffres. Des chiffres qui n’ont rien à voir avec la réalité. Celle dont tu fais partie.

Mais si c’était toi qui avait, un jour, besoin d’organes ?

En signant, j’ai l’impression de clamer haut et fort que tu es mortel, qu’un jour tu quitteras ce monde et que cet horrible jour pourrait survenir avant mon propre départ.

Mais si c’était toi ? si c’était toi qui en avais besoin ?

Je signe. Mon conjoint me sourit. On avisera la famille de notre choix, on veut qu’il soit respecté et ce, même si on souhaite au plus profond de nos tripes de ne jamais en arriver là.

J’espère que cette signature me forcera à prendre la bonne décision si un jour il t’arrive un malheur. Que je trouverai le courage en moi de faire ce qu’il faut pour toi et pour les autres.

Quand tu seras en âge de signer toi-même, je t’expliquerai, mon amour, que peu importe où nous allons à notre mort, notre corps ne nous sert plus à rien.

Mais mieux encore mon bébé, je t’expliquerai que le don de soi, c’est ce qui a le pouvoir de nous rendre éternel.

Rendez-vous sur le site www.signezdon.gouv.qc.ca pour plus d’informations.

Cyntia Dubé
CYNTIA DUBÉ

Une réflexion sur “Ton don d’organes, mon bébé

  1. Samek Raphaël Répondre

    Ce texte-là devrait être affiché sur le site Web du don d’organe 🙂

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