Lettre à toi, mon garçon différent

garçon autisme noir et blanc

Toi, mon grand de 13 ans déjà. Je t’aime.

Toi, l’homme de ma vie. Je t’aime.

Il y dix ans, le mot « autisme » ne faisait même pas partie de mon vocabulaire. J’ai découvert purement par hasard les symptômes sur un bout de papier que ta grand-mère m’a donné, après s’être arrêtée à un kiosque dans un centre d’achats. C’était le mois d’avril. Le mois de l’autisme.

L’effet d’une bombe. Je venais de prendre 1000 livres sur les épaules. S’en est enclenché des tonnes de rendez-vous avec des pédopsychiatres après une trop longue liste d’attente. Tu ne coopérais pas toujours. Tu ne comprenais pas pourquoi je t’arrachais à ta petite routine pour aller faire des exercices et des examens de toutes sortes avec une « madame ». Pour se faire dire presqu’un an plus tard que t’étais autiste de haut niveau. Ça, ça veut dire que tu seras autonome une fois adulte, mais que tu devras travailler très fort. Que JE devrai redoubler, voire tripler les efforts avec toi. Que nous allons devoir être patients.

Les lectures que j’ai faites les années qui ont suivi, tu n’en croirais pas tes oreilles! J’ai d’abord compris pourquoi tu aimais tant faire tourner tes anneaux Fisher Price au lieu de les empiler comme tous les autres enfants. J’ai compris pourquoi tu pouvais hurler et crier autant si je tournais à droite plutôt qu’à gauche en voiture ou en poussette. J’ai compris pourquoi tu détestais te faire laver les cheveux. J’ai compris pourquoi tu ne parlais toujours pas. Pourquoi tu savais déjà écrire des mots sur le mur du bain avec tes lettres en styromousse mais que rien ne sortait de ta bouche. Même pas « maman ». Pourquoi tu semblais ne pas ressentir les émotions. Pourquoi à la même heure chaque soir, tu te réveillais en crise et que tu étais inconsolable. Et pourquoi tu pouvais passer des heures dans ta petite chaise en peluche à regarder Baby Einstein à la télé.  Mais j’ai aussi compris que je devais faire le deuil d’un enfant « neurotypique ». Que je n’aurais probablement jamais de grandes discussions avec mon gars. Que tu aurais beaucoup de difficultés à te faire des amis et à t’intégrer dans notre société.

Puis maintenant, t’es là, mon beau grand adolescent. Tu parles, même trop. Tu as fait l’école régulière tout ton primaire, les techniciennes spécialisées se sont succédé, mais tu n’as jamais baissé les bras. Tu te lèves chaque jour exactement à la même heure, tu exécutes exactement la même routine. Chaque jour. Tu es au secondaire maintenant, dans une classe adaptée. Tu travailles vraiment fort, je te vois aller! Je ne sais pas si tu obtiendras ton diplôme d’études secondaires mais je te le souhaite de tout coeur. Tu progresses de jour en jour et je suis si fière de toi! Tu es un jeune homme heureux.  Toi, qui as tout plein de rêves. Plein d’ambitions. Tu vois grand et je t’admire. Tu es un by-the-book! Tu suis toutes les règles. Tu veux obtenir ton permis de conduire à 16 ans, aller dans un bar à 18 ans, avoir ton appartement dès que tu auras un emploi. Te marier, avoir des enfants.Tu veux aller dans tous les pays dont tu connais déjà la langue. Tu sais plus ce que tu veux dans la vie que n’importe lequel des enfants de ton âge. Tu traces déjà ton chemin et ça met un baume sur la peine et les craintes que j’ai pu avoir.

Je sais que ta mémoire est phénoménale mon homme. Mais j’aimerais que tu oublies toutes les fois où j’ai perdu patience envers toi. Toutes les fois où je t’ai dit d’arrêter de répéter 100 000 fois chaque phrase que tu disais, comme un écho. D’arrêter d’embêter les gens avec tes questions sur les films dont tu connais par coeur les acteurs, l’année de sortie, la production et tout le tralala. J’aimerais que tu oublies toutes les fois où je n’ai pas exercé mon rôle de mère comme j’aurais dû. Les fois où j’ai pleuré couchée à tes côtés. Mais j’étais fatiguée mon homme… J’aurais eu besoin de prendre du temps pour moi, mais je ne l’ai pas fait car je savais que personne ne pouvait s’occuper de toi et te comprendre mieux que moi, ta maman. Je m’excuse pour toutes ces fois.

Je veux que tu saches que tu es unique, spécial, intelligent, charmeur, généreux, beau comme un coeur et que tu seras toujours mon petit garçon. Que tu resteras à jamais l’homme de ma vie. Que peu importe l’incompréhension des gens face à ton état, ou encore le regard que les autres posent sur toi, moi je serai toujours là. Et quand je ne serai plus qu’une étoile, tu pourras toujours compter sur ta soeur jumelle et ta petite soeur qui, pour l’instant, ne comprennent peut-être pas très bien, mais qui t’aiment elles aussi du plus profond de leur âme.

Ta maman

Nadine Nantel
NADINE NANTEL

5 thoughts on “Lettre à toi, mon garçon différent

  1. Ginette Bélanger Répondre

    Quel beau témoignage Nadine. On comprend très bien ce que tu vis mai on ne le vit pas à tes côtés. Cela prend de la patience, beaucoup, mais pour connaître Thomas, je sais que toi et toute ta famille réussissez très bien à faire de lui un adolecent heureux. Thomas est serein et tellement intelligent. Quand il me voit et me parle de ses films, vedettes, réalisateurs etc, , de tous les drapeaux du monde, de toutes les marques d’auto, et en plus qu’il peut me parler en anglais e en espagnol, moi je suis conquise! Il m’épate cet enfant-là. Je vous encourage à continuer votre beau travail avec lui et vous en serez récompensés au centuple.

  2. DE ALBUQUERQUE Répondre

    Très beau! Je suis émue. ……Bonne continuation !

  3. Soune Répondre

    Une lettre que j’aurai pu écrire à mon garçon à quelques details près. Mais qui comporte tous les sentiments présents en moi. Bonne continuation à vous <3

  4. Marie marie Répondre

    Ouf… Comme ce texte m’a touché ! Ma fille a maintenant 23 ans. Elle n’a finalement jamais eu son diplôme de secondaire. Elle a fait son primaire dans une classe TED et elle en a été très malheureuse parce que les enfants du régulier l’appelait « l’ortho »… Elle ne s’en sort pas de façon parfaite mais… j’ai confiance en elle ! C’est devenue une grande artiste qui expose régulièrement ses œuvres dans différentes galeries. Elle fera SON chemin et je suis certaine qu’elle saura se servir de tous les outils que j’ai pu lui donner, j’en suis convaincue ! Elle est autonome malgré ses difficultés et c’est là ma plus belle victoire.

  5. N. Gagnon Répondre

    Ce genre de lettre à un enfant, me fait vivre beaucoup d’émotion! C’est un privilège d’avoir un enfant  » parfait »… mais la résilience nécessaire pour suivre l’évolution d’un enfant différent, nous apporte beaucoup. Un autre chemin que la vie nous impose et où nous avons besoin de recul pour comprendre. Si je n’avais pas eu ce fils avec un TDAH important…. je ne pourrais pas vous comprendre , même un peu!
    Vous n’êtes pas une star ou un prix noble chère Nadine, mais comme maman qui nous offre ce beau témoignage rempli de sincérité et d’amour en envers ce petit homme… vous avez toute ma reconnaissance de mère imparfaite qui fait ce qu’elle peut pour être une mère, tout simplement!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *