Les vacances de maternité : lettre à mon chum

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Mon chum,

J’ai le goût de te parler de mes « vacances » de maternité.

T’sais que dans la vie, on a pas forcément besoin de tout dire à un être proche pour qu’il comprenne ce qu’on ressent pis toi, t’es pas mal mon être proche. Genre ben ben proche. Ça fait que dis-moi pas que t’as jamais dit ce qui suit parce que même si tu l’as dit autrement ou que tu n’as rien dit pantoute, j’ai quand même compris ce qu’il y avait à comprendre.

Tes petits soupirs, tes yeux au ciel, les petites phrases que tu te dis à voix haute. Oui oui, je ne manque rien. Pis veux-tu savoir ce que ça me fait? Ben ça me fait mal. J’ai peut-être l’air aussi forte que Wonderwoman mais la vérité, c’est que j’ai toujours un p’tit reste de baby blues caché dans l’fond qui n’attend qu’un petit remous pour refaire surface. Pas refaire surface en pleurant ou en criant là, non non, je te parle de pire. En me rongeant par en dedans.

Ça fait que tes jugements non fondés sur ce qui ce passe dans mes journées de « vacances de maternité », c’est blessant pas rien qu’un peu.

Quand tu arrives de travailler pis que tu t’écrases sur le divan quelques minutes pour reprendre ton souffle, je comprends. Mais quand, quelques minutes plus tard, je te demande de donner le biberon pour que je puisse commencer à préparer le souper pis que tu me lances ton fameux regard, ça marche pas pantoute. Tu sais celui qu’on ferait à une personnalité connue qui nous dépasserait dans une file d’attente et qui se lit comme suit sur notre visage : « Je dirai rien mais ostie que tu m’énarves ‘. Ce genre de sourire qui vient avec et qui me donne envie de te crier que des biberons, moi, j’en ai donné cinq aujourd’hui pis que je ne veux pas prendre des p’tites vacances, je m’en vais te cuisiner un souper, à toi, le père de mes enfants. J’ai le goût de te dire de ravaler ta paire d’yeux à cinq cennes pis de donner le biberon à la chair de ta chair dans la joie et l’allégresse.

Ben oui, j’en ai plus long que toi à dire pis c’est souvent de même. Par contre, je ravale mes mots parce que me chicaner m’épuise encore plus.

Je vais te donner rien qu’un petit truc qui nous aiderait énormément.

Même si tu penses qu’une journée de vacances de maternité revient ni plus ni moins à siester et Facebooker, j’aimerais ça qu’au lieu de me faire savoir d’une façon ou d’une autre que tu trouves ça donc ben poche que je n’aie pas plier le linge, que je n’aie pas fait le souper, que les planchers sont sales, que les jouets traînent et que j’aie oublié telle ou telle commission, tu me remercies d’avoir pris soin de notre bébé toute la journée. De l’avoir changé de couches plusieurs fois, de lui avoir donné un paquet de biberons, de l’avoir stimulé pour l’aider dans son développement et de lui avoir fait des purées maison. Pis d’avoir fait la vaisselle d’hier, d’avoir fait du ménage par-ci, par-là depuis que je suis levée et d’être allée porter notre grand à la garderie. Parce que c’est ça, une véritable journée de congé de maternité.

Pis quand je veux écouter mon soap en direct à huit heures parce que par miracle tout le monde dort pis que tu décides que c’est ta game de hockey qui a préséance sur l’émission-que-j’ai-juste-à-écouter-sur-tou.tv-pendant-mes-vacances-de-maternité, ça arrive que ça fait déborder mon vase.

Ça fait que peut-être bien que ma non-libido-chu-brûlée-ben-raide n’est pas juste physique finalement. Peut-être qu’elle est aussi mentale. Pis peut-être que tu contribues pas mal plus que tu le penses à ma face de qu’est-ce-que-t’as-ben-l’air-bête.

Comme dans un couple ça prend de la communication, j’aimerais ça que tu m’expliques comment tu vois les choses parce qu’au final,  je ne crois pas que mes vacances de maternité soient plus relaxantes que tes journées au boulot et que je mérite de me taper les soirées toute seule.

Je t’aime t’sais. Mais j’aimerais ça, qu’on fasse équipe.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L’OMBRE

6 thoughts on “Les vacances de maternité : lettre à mon chum

  1. Cindy Répondre

    Il ne faudrait pas généraliser, car moi, ma personne ben ben proche, n’est pas du tout comme ça. Mon chum est très compréhensif et on forme une équipe.

  2. Victoria Répondre

    Mon dieu, merci pour ce message. Je me sens moins seule.

  3. eve Répondre

    Bonjour, je sais que ce n’est pas facile les « congés de maternité » (on dit congé par chez nous) mais du côté des sans enfants, on ne sait tout simplement pas. Je me rappelle être allée chez ma soeur pendant ses vacances et avoir été surprise du « désordre » comment ça se fait que tu n’as pas le temps de faire une brassée de lavage, tu es à la maison avec un bébé qui dort. c’était ma pensée (elle est aussi encouragée par les 2500 mamans en congé de maternités qui démarrent des entreprises Etsy). Mais on ne sait tout simplement pas. Ma soeur m’a expliqué au 2e bébé et j’ai compris, mais avant, je ne savais tout simplement pas.

  4. Kety Répondre

    Ho mon dieu on dirait que c’est moi qui l’a écrit! Je me reconnais énormément dans ce texte. L’arrivée du 2e enfant a créé beaucoup de tension dans notre couple, entre autres parce que mon copain croit que c’est des ‘vacances’ et c’est tellement frustrant.. je crois que je vais lui faire lire ça 😉 ça fait du bien de voir qu’on est pas seule dans cette situation!

  5. Pat Répondre

    First of all, ton chum, y’est comme crissement temps qui mette ses culottes pis qui réalise que la vie serait pas mal plus tough sans congé de maternité. Essaie d’imaginer l’gros si fallait que tu t’arranges pour aller chercher ton p’tit (ta p’tite) -‘à garderie parce que ta blonde travaille plus tard ou plus loin que toi. Dude. T’es chanceux en criss que ta blonde soit là pour supporter ta famille quand tu rentres à’ maison.
    Toutefois.
    Faut aussi dire que tu l’as choisi, ton chum. Si il t’aidait pas à cuisiner pis à mopper pis à passer un coup de balai par-ci par-là, attends-toi pas à c’qu’il change du jour au lendemain.
    C’est peut-être pas un billet bien senti et anonyme dont il a besoin mais d’une franche discussion. D’un reality check.
    Peace.

  6. Lili Répondre

    Tu as raison.
    Mais la question que je me pose, c’est pourquoi diable tu ne lui dis pas tout ça en pleine face? Tsé, les gars, les regards, les soupirs, les je-roule-des-yeux-jusqu’a-la-migraine, c’est pas des signaux qu’ils comprennent vraiment.
    Ils savent que quelque chose ne va pas, mais ils ne savent pas QUOI.
    Alors quand il lève le yeux au ciel, tu peux lui dire « Regarde, j’en ai donné 5 biberons, tu peux bien en donner un, ça va pas te tuer. Tu étais là lors de la conception de l’Ange, tu peux donc t’en occuper ce soir. Compte toi chanceux, tu n’a pas eu à accoucher. »
    Ça a le mérite d’être clair.

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