Ta maman de seize ans

mère adolescente

Pour toi, ma grande fille,

J’arrivais sur la fin de mes seize ans quand j’ai su que tu étais dans mon bedon. Plusieurs étaient choqués de la décision que j’avais prise. J’avais décidé de te garder avec moi pour toujours. J’étais prête à soulever tous les obstacles et les déplacer suffisamment loin de nous deux pour qu’on puisse être ensemble. Je t’aimais déjà tant.

Non, maman n’avait aucune idée dans quoi elle s’embarquait. J’étais une enfant moi-même. J’étais prête à prendre le risque de tout perdre autour de moi pour être seule avec papa et toi. Je savais que mes amies auraient peur. Plusieurs sont partis aussi.

C’est une décision effrayante, vraiment.

Je me faisais déjà mille et un scénarios peu importe l’endroit où j’étais. J’avais hâte de t’amener magasiner, à l’épicerie ou encore, à la piscine. Je me voyais déjà t’amener au parc, jouer dans le sable avec toi et te balancer. J’observais les mamans que je voyais autour de moi. Je tentais de prendre des trucs.

Qu’est-ce qui serait bien ou non à faire avec toi, une fois que tu serais dans mes bras ? C’était tout qu’un défi qui m’attendait et c’était tellement épeurant. J’avais aussi droit à des regards de colère, de tristesse et des commentaires assez ordinaires. Des gens qui se permettaient de juger, sans me connaître. Je crois que c’est ce qui me blessait le plus.

Et puis, j’ai finalement su que j’avais la chance d’avoir une fille. Quel bonheur! Une mini-moi! Je me revoyais jouer à la poupée. Je suis allée t’acheter des petites robes toutes plus mignonnes les unes que les autres. Je me sentais bien. J’étais heureuse.

Le jour de l’accouchement est arrivé. Un gros deux heures au grand total : c’était un accouchement éclair et à sec. J’ai cru que mon corps explosait jusqu’à ce qu’il y ait cette troisième poussée. Ma vie venait, une fois de plus de basculer. J’étais une maman, officiellement. Ton petit pleur m’a soulagée. Ton si beau visage. Tu étais là, toi ma petite fille chérie. Je n’ai pas réussi à me rendormir avant d’être complètement vidée d’énergie. Je t’admirais. Tu étais si minuscule. Tes doigts et tes orteils étaient tous là. Je ne sais combien de fois je les ai comptés. Tu étais à moi. La plus belle création était au monde. Quelle chance j’avais, c’était la mienne.

Nous sommes retournés à la maison. Je t’ai fait visiter ta chambre, la cuisine, le salon. Ma petite princesse était enfin dans mes bras. Avec nous, ici.

Nous sommes effectivement allées faire des tours de poussette, à l’épicerie, au parc. Je t’emmenais toujours et partout avec moi. Nous avons fait des dodos collés si souvent. J’étais bien, vraiment bien.

Je suis si fière d’être ta maman. Je te vois grandir, grandir et encore grandir. Je n’en reviens toujours pas de la chance que j’ai de t’avoir dans ma vie.

Et il ne s’est pas passé une journée depuis ta naissance sans que je sois reconnaissante envers la fille de seize ans que j’étais.

Celle qui a pris son courage à deux mains et qui a mis au monde la belle grande fille que tu es aujourd’hui.

Je t’aime.

Maman

Jade Simard
JADE SIMARD

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