Lundi matin arrive en même temps que ta face de carême

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T’sais dans les années quarante, les gars faisaient les foins pis les filles faisaient le ménage. C’tait de même. Tu te demandais pas ce que t’allais faire demain ou si ça faisait ton affaire. T’étais ben que trop occupée à passer ta brassée de pâle dans la tordeuse. Pis dans les années quatre-vingt, les gars travaillaient au gouvernement pis les filles aussi. Tu te posais pas de questions. T’étais ben que trop occupée à prendre ta pause-café pis crêper tes cheveux en te faisant aller sur Like a virgin.

Avec la venue des laveuses automatiques, des coupes de cheveux qui ont de l’allure pis de la musique qui s’écoute, on dirait que le monde s’est reviré de bord. Les problèmes fondamentaux sont derrière nous pis ça te laisse pas mal plus de temps pour penser à ta vie, à ce que tu veux pis à ce que tu vaux.

Je le sais pas si tu le sais, mais à moins de te faire frapper par un char ou d’être foudroyée par un cancer des cheveux, tu vas travailler 62 160 heures dans ta vie. C’est long. C’est l’équivalent d’une couple d’émissions de Lazy Town back to back si t’aimes pas ta job. C’est assez pour capoter pis virer sur le top sans la fille avec une perruque rose fluo pour te divertir quand tu touches le fond. Ça fait que si tu passes le plus clair de ta vie à aller travailler à reculons pis que tu regardes les minutes s’écouler une par une sur la grande horloge du bureau, sur ta caisse enregistreuse ou dans la coin en bas à droite de ton ordinateur, je dis ça de même mais il y a peut-être un problème.

La vérité, c’est que t’aimerais ça faire d’autres choses. T’as plein d’idées. Tu bouillonnes littéralement d’idées. Mais t’sais, le train est passé parce que t’as ben que trop de responsabilités pour lâcher ta job. Entre le paiement de l’hypothèque, le chauffe-eau qui pette, les milliards de fournitures scolaires à acheter au mois d’août, les soupers à préparer, le taxi à faire pis la balayeuse à passer, il me semble qu’il te reste pas plus que cinq minutes par semaine à consacrer à ta réorientation potentielle. En plus, t’es ben que trop vieille pour retourner apprendre. T’es cognitivement inapte ; tu relis quatre fois chaque ligne de ton roman. T’sais le roman que t’as commencé il y a deux ans pis que t’as pas eu le temps de finir. Pis ben, c’est scientifiquement impossible de matcher le retour sur les bancs d’école avec le soccer du plus vieux, la garderie du plus jeune pis les cours de karaté du jeudi soir. À moins de pouvoir te dupliquer. Mais t’as pas non plus le temps de travailler sur une machine à dupliquer parce que t’as même pas le temps de boire un café chaud.

Le concept de partir en affaires t’as aussi effleuré l’esprit. Pas longtemps. T’es allée te cacher dans le garde-robe en troisième vitesse pour fuir l’idée. Tout d’un coup que ça marche pas. Tout d’un coup que t’as pu une cenne. Tout d’un coup que tu fais faillite.

Sauf que lundi arrive pis t’es malheureuse comme les pierres.

Je passe le plus clair de mon temps à te dire de prendre un break, Wonderwoman. Mais là, je te le dirai pas. J’ai le goût de te dire que tu t’es adaptée à un paquet d’affaires toutes plus épouvantables les unes que les autres au cours des dernières années. Comme ramasser un lit plein de vomi. Dormir un heure par nuit pendant trois mois. Laver des murs plein de caca. Te lever à cinq heures et demie tous les matins, même les meilleurs. Te relever de brosse et faire déjeuner tes petits monstres en chantant la chanson thème de Pat Patrouille avec ton teint verdâtre. Attendre pendant des heures à la clinique sans rendez-vous avec ta garnison morveuse qui veut savoir quand-est-ce-qu’on-s’en-va-maman. Name it. T’es une battante. Pis t’as le droit d’aimer ta job.

Sauf que tu veux pas faire payer les enfants. Tu veux pas canceller le cours de soccer. Ni passer ton samedi à étudier au lieu d’aller t’extasier au parc. T’as ben que trop peur de tout rater pis de plus avoir une cenne pour payer les études universitaires de tes petits monstres dans vingt ans. Pis ton chum s’en sortira jamais s’il faut qu’il prépare le souper plus qu’une fois par mois. Ta cuisine non plus. Pis t’sais, t’aimes ton confort même si c’est pas le grand luxe. T’as pas le goût de skipper le spécial tartare du mercredi du Cosmos avec tes chums parce que t’es trop serrée ni de te mettre à acheter juste la marque No name jaune chez Maxi. Pis, ben, t’as pas le goût de retourner t’asseoir en arrière d’un pupitre comme quand t’avais quatorze ans. Tu trouves ça tellement loser.

Sauf que lundi arrive pis t’es malheureuse comme les pierres.

Pis tes enfants aussi. Pis ton chum aussi. Parce que tous les lundis, t’as une face de carême que t’entretiens jusqu’au vendredi à quatre heures et demie. Une face qui vient avec une patience qui a la mèche courte. Ça fait que vous êtes toutes losers. Vous êtes toutes les grands perdants des choix que tu continues de faire pour épargner tout le monde. Ça fait que cet été, fais tes recherches pis fais ton plan. Porte tes couilles bien hautes, emmerde toutes tes appréhensions pis réalise tes rêves.

Ton avenir est pas tracé d’avance t’sais. C’est pas une fatalité. C’est toi qui dessine la suite. Pis t’es ben meilleure en dessin que tu penses.

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Une réflexion sur “Lundi matin arrive en même temps que ta face de carême

  1. Geneviève Répondre

    WoW! Ça fait tellement du bien à lire cet article! Je le mets dans mes favoris pour revenir le lire de temps en temps pour me donner le goût de trouver ma job de rêve. Parce que, pour l’instant, effectivement, je regarde désespérément l’horloge dans le coin en bas de mon ordi 1000 fois par jour! 😉 Merci d’avoir pris le temps d’écrire tout ça, tu peux pas savoir à quel point ça fait du bien à lire! Ça me ressemble tellement! 😉

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