Lettre à mon dernier bébé

pregnant woman happy on couch

Tu devais être mon dernier bébé. Celui pour lequel j’ai un peu insisté. Parce j’en avais besoin. Parce que je ne pouvais imaginer ma famille complète sans cette quatrième petite bouille sur nos photos de famille. Parce que je sais que j’aurais eu des regrets toute ma vie en pensant à cet élément manquant dans mon univers. Mon bébé, tu n’étais pas une option, tu étais l’air dont j’avais besoin pour respirer.

La vie a été douce et tu t’es vite creusé un nid au creux de mon ventre. Les semaines ont passé, mon ventre s’est arrondi et j’ai profité de chaque moment comme si c’était la première fois en sachant que c’était la dernière. Étrange sentiment que cette ambivalence constante. La vie a été encore plus douce et elle m’a offert une quatrième fille, en santé, moi qui en rêvais tant. Puis dans un élan de bonté, elle m’a aussi offert ma plus belle grossesse, mon plus bel accouchement et mon allaitement le plus facile. Comme si la vie me passait un message en m’offrant ce beau cadeau :  » C’est correct ma grande, tu as eu ce que tu voulais, tu peux passer à autre chose maintenant. ». J’ai une amoureuse extraordinaire, un réseau de soutien profondément présent et quatre belles filles qui font déborder ma maison d’amour. Qu’est-ce que je pourrais vouloir de plus ? Je suis déjà tellement choyée et crois-moi quand je te dis que je réalise à quel point je suis chanceuse de vous avoir dans ma vie.

Mais je dois t’avouer quelque chose mon beau bébé : je suis une junkie de la maternité. Il n’y a aucun endroit où je me sens plus à ma place qu’à vos côtés. Il n’y a aucun moment où je me sens plus en vie que lorsque je la porte. Il n’y a rien qui me fait plus vibrer que de parler de grossesses, de naissances et de post-partum. Il n’y a rien que je trouve plus grandiose que le corps d’une femme qui en fabrique un autre. Je suis complètement accro, une vraie droguée. Et comme les cures de désintox n’existe pas pour ça, je partage mon temps entre votre fantastique compagnie et les vidéos d’accouchement, les formations sur la naissance, les lectures sur tout ce qui touche la périnatalité… en rêvant à ma « prochaine fois » qui n’arrivera peut-être jamais.

Mon bébé d’amour, tu devais boucler la boucle. Je me l’étais promis. Je nous l’avais promis. Je l’avais promis à un peu tout le monde. Pour faire taire les « encore un », je crois. Pour rassurer toutes les personnes de ce monde qui ne se mêlent pas de leurs affaires sur le fait que je n’ai pas l’intention de repeupler le Québec à moi toute seule. Sauf que la vérité, c’est que quand on me demande si j’aimerais en avoir un autre, même si mon cœur crie oui, que j’aimerais tellement pouvoir parler de ce désir réel d’une vraie grosse famille, je réponds à demi-mot, presque gênée, que « j’aimerais ça ». Que quand quelqu’un me demande avec un regard suspicieux et presque du dédain dans la voix « Pourquoi tu en veux un autre ? », j’ai juste envie de lui dire « Et pourquoi pas ? ».

Tu seras peut-être mon dernier bébé. Ou peut-être pas. Parce que dans la vie, il ne faut jamais dire jamais… ou simplement parce que c’est plus facile de vivre dans le déni pour le moment. Mais je suis sereine parce que je sais que même si je n’ai plus jamais une grosse bedaine ronde à flatter, des petits coups sur lesquels m’émerveiller et que jamais plus je ne vivrai l’intensité d’un accouchement, je n’aurai aucun regret. Tu es mon bébé parfait, mon bébé rose bonbon. Mon bébé encore si petit, mais qui a déjà tant accompli.

Maryka
MARYKA

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