À toi, qui crois que j’abandonne mon enfant à la garderie

little kid hands in window

À toi, qui crois que j’abandonne mon enfant à la garderie,

Sache que tu ne connais rien de ma réalité, que rien ni personne en ce bas monde te donne le droit de remettre en cause l’amour que je porte à mon p’tit et que la culpabilité que j’éprouve à tort ou à raison de l’y déposer chaque matin est bien assez grande sans que tu en rajoutes une couche.

Tu ne sais pas que je suis une mère monoparentale et que je peine à joindre les deux bouts. Que je cumule trois boulots, que je travaille soixante heures par semaine pour mettre du beurre sur le pain de mes p’tits, que je suis rongée par la peur de ne pas boucler mes fins de mois et que rien ne me fait plus mal que de les laisser à la garderie à sept heures le matin pour ne pas les y récupérer avant cinq heures et demie le soir.

Tu ne sais pas que le frère de mon plus grand est malade. Que je passe mes grandes journées à l’hôpital pour prendre soin de lui. Que leur père et moi nous relayons. Que je crains de perdre mon emploi. Que je m’en veux de ne pas pouvoir prendre soin de mon aîné autant qu’il le mérite parce que mon cadet souffre. Qu’il pourrait y laisser la vie et que nous vivons avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête depuis plusieurs mois.

Tu ne sais pas que je suis une entrepreneure qui en arrache. Que j’ai décidé de réaliser mes rêves, mais que ceux-ci demandent du temps. Beaucoup plus de temps que je ne l’avais prévu à l’origine parce que démarrer une entreprise est loin d’être une sinécure. Mais que je ne peux plus faire marche arrière parce que j’y ai investi tout ce que j’avais. Parce que mon entreprise fait partie de moi. Parce que je veux que mes enfants sachent et comprennent qu’on peut réaliser ses rêves. Même si cela demande qu’ils passent quelques heures de plus à la garderie chaque semaine, le temps que la vie devienne plus douce.

Tu ne sais pas que je m’occupe de ma mère mourante. Que j’ai dû quitter mon travail pour prendre soin d’elle. Que son état empire de semaine en semaine, mais qu’elle s’accroche, qu’elle tient bon. Que j’ai choisi de la garder à la maison plutôt que de la placer parce que j’en étais tout simplement incapable. Que chaque parcelle de mon corps est complètement vidée par l’énergie qu’elle me demande chaque jour et que je préfère que mes enfants s’amusent dans un contexte plu gai avec des gens qui disposent de toute l’énergie nécessaire pour prendre soin d’eux.

Tu ne sais pas que je suis en instance de séparation. Que ça en est fini de papa et maman sous le même toit. Que je cumule les rendez-vous chez le notaire et à la banque, les visites de logements et celles chez le psychologue parce que j’entrevois la fin de mon couple comme un échec. Que j’ai peur d’avoir brisé la vie de mes enfants. Que je pleure nuit et jour et que ma réserve de larmes me semble intarissable. Que je n’ai pas la force de sourire pour le moment et que je préfère leur épargner ma douleur.

Tu ne sais pas que je suis en dépression majeure et que je cherche par tous les moyens à m’en sortir et à redevenir cette maman aimante et présente pour mes enfants, mais que le sentiment d’abattement qui me cloue par terre m’empêche d’y parvenir pour le moment. Que j’ai besoin de reprendre des forces. Que j’ai besoin de support et de soutien. Et que la seule chose qui adoucit un peu mon quotidien présentement est de savoir que mes enfants s’amusent et sont entre bonnes mains pendant que je tente de reprendre le dessus sur ma vie.

Tu ne sais pas que ça fait des années que je donne tout à tout le monde sans plus rien garder pour moi. Que je ne sais plus qui je suis, où je vais, ni quels sont mes objectifs, mes passions. Que j’ai besoin de temps pour moi à l’occasion ou plus souvent. Qu’une part de moi se sent coupable de laisser ses enfants à la garderie, mais qu’une autre a besoin de temps pour elle.

Non, tu ne me connais pas. Tu ne sais rien de moi.

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