Ton suicide

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Quand la lumière qui se lève chaque jour ne suffit pas à égayer ta peine. Quand tes yeux, lorsqu’ils s’ouvrent, se voilent d’anxiété. Quand tu n’as plus envie de sortir de tes draps. Quand les marques laissées par les enfants que tu as portés sur ton corps te coupent le souffle. Quand même le sourire de ton enfant ne suffit plus à te rendre le tien. Quand tu ne vois plus d’autre option que celle de tout amener à sa fin.

Sache que les formules préconçues, que les phrases convenues et que tous ces mots qui te semblent superflus sont vrais. Une lumière, il y en a bien une au bout du tunnel, mais pour la voir, tu ne dois pas cesser d’avancer.

Sache que malgré la douleur et l’impression de stagner, à chaque souffle que tu prends, c’est une armée de vie qui va de l’avant. Une toute petite armée, je sais, mais une armée qui part au front pour toi.

Sache qu’à chaque centimètre gagné, qu’à chaque seconde ou tes yeux entrevoient le soleil, tu t’approches du tien et tu apprends à ne pas t’y brûler les ailes.

Sache que ton papillon, en cessant de battre des siennes, va causer un tsunami beaucoup plus grand que tu ne le crois.  Qu’une fois que c’est fini pour toi, c’est l’enfer des gens que tu aimes qui commence. Et je ne l’écris pas pour te faire culpabiliser. Juste pour te le faire réaliser.

Tu mérites de voir ton enfant grandir, ta famille s’épanouir. Tu mérites de retrouver ton sourire.

Sache que tu as le droit de tomber, de dégringoler l’Everest, mon amie, mais tu as aussi le droit de te redresser et de panser tes blessures.

Sache que tu peux te permettre de pleurer, de frapper ton oreiller, de crier. Mais tu dois cesser de te cacher pour mourir à petit feu.

Sache que tu as le droit demander de l’aide. Même si c’est en chuchotant avec ta voix de maman qui ne veut pas réveiller son bébé. Quelqu’un entendra ton appel, même s’il est si doux qu’on le perd dans le vent qui tourmente tes idées.

Sache que de reconnaître cette faiblesse ne fait pas de toi quelqu’un de mauvais. Que même si tu te trouves tellement inadéquate et que tu regrettes chaque instant pollué par ces états d’âme que tu ne contrôles que si peu, personne ne t’en veut.

Sache qu’en sortant la tête hors de l’eau pour reprendre ton souffle, même si c’est pour replonger un petit peu, tu confirmes la bonne mère, la bonne partenaire, la bonne humaine que tu es. Le prochain plongeon sera moins long, promis.

Sache que lorsque tu prends les décisions qui te déchirent en deux, ce sera toujours mieux que de faire des adieux. Et ça, un jour tu le verras.

Quand tu choisiras de continuer de nager malgré que ton radeau se soit renversé dans la tempête. Quand tu décideras de crier que tu as besoin d’aide pour arrêter de tanguer. Quand ta douleur sera si forte qu’elle ne pourra te mener qu’à décider de t’en sortir. Quand tu décideras de t’accrocher à la lumière que tu vois, là-bas, poindre à l’horizon.

Sache que quelqu’un sera là. Et que dans un futur plus proche que tu ne le penses, ça ira mieux.

Tu es importante.

Tu es importante pour moi.

Michèle Tousignant
MICHÈLE TOUSIGNANT

6 thoughts on “Ton suicide

  1. L'inconnue Répondre

    Mon Dieu que j’aurais eu besoin d’entendre ça de ma meilleure amie à l’époque! Merci pour ce touchant texte!

  2. Marie-Genevieve Monty Répondre

    J’aurais aimé faire lire ce texte à mon mari… Mais malheureusement il est maintenant trop tard…

  3. juste1maman Répondre

    Je partage, plutôt 10 fois qu’une

  4. Marcende Répondre

    Un texte qui parlera aux mamans blues!

  5. Marianne Marcoux Répondre

    Merci pour ce texte magnifique. Je suis en depression sevère ( depress post partum qui a degeneré ) et ce texte me fais un bien énorme . C’est un long combat, mais il en vaut la peine

  6. Lilie Répondre

    J’en pleure tellement je suis émue par ce beau texte. J’ai failli y laisser ma peau en devenant mère il y bientôt deux ans. J’ai réussi à crier ma détresse, à être entendue. Maintenant je continue de remonter. Il faut continuer de mettre un pied devant l’autre même quand on y arrive plus, même si on ne sait pas comment on fait. Un jour, le soleil brille de nouveau. Merci pour ce texte.

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