Le jour où la réalité t’a rattrapée : l’accouchement raté

bébé naissant 1

T’avais décidé que pour ton accouchement, tu ne voulais rien savoir de l’hôpital. Ça fait que pendant des mois, t’as passé ton temps à répéter à qui voulait bien l’entendre que ton suivi de grossesse en maison de naissance était donc merveilleux, que ta sage-femme était donc disponible pour toi pis que tu comprenais donc pas les femmes qui choisissaient d’accoucher à l’hôpital. T’étais contente et bien évidemment fière de ta bedaine – ça se comprend – mais disons-le, ton discours pro-accouchement naturel avait parfois de quoi taper sur les nerfs. D’ailleurs, ta collègue de bureau elle aussi enceinte – celle-là même qui aurait normalement dû, étant donné les circonstances, devenir ta meilleure amie – a fini, mine de rien, par arrêter de te parler.

Puis est venu le jour où t’as arrêté de faire ta fraîche. T’as essayé de te faire croire que ce n’était qu’une simple formalité, un petit test de routine, mais au fond de ton cœur de future maman, tu savais bien que si la sage-femme avait décidé de t’envoyer passer une échographie à trente-neuf semaines de grossesse, c’était parce que quelque chose clochait.

Dans la salle d’attente de l’hôpital, t’as fermé les yeux et, pour te donner du courage, t’as visualisé le jour J, celui où tu donnerais naissance à ton bébé dans le bain de la plus belle chambre de la maison de naissance. Tu t’y voyais déjà : toi dans l’eau, sereine malgré la douleur, les petites chandelles partout, ton chum qui te masse les épaules comme s’il avait fait ça toute sa vie, tes tounes préférées jouant en boucle, le seau à glace pis la bouteille de champagne (pour après, t’sais, juste un p’tit verre pour te récompenser).

Une heure plus tard, t’étais allongée sur un lit d’hôpital parce qu’on venait de t’annoncer que t’avais pu de liquide amniotique (t’avais pourtant pas souvenir de l’avoir perdu), ce qui signifiait que ton bébé devait sortir de son nid douillet au plus sacrant, que maintenant, comme tu pouvais le lire dans les yeux des douze médecins que t’avais vus jusqu’à présent, y’était temps de passer aux choses sérieuses pis d’oublier la maison de naissance, que ton chum était toujours à la job pis que la sage-femme – celle-là même qui t’avait dit que t’avais pas besoin de faire un plan de naissance parce que t’sais, c’est sûr que tout allait se passer exactement comme tu le souhaitais – brillait par son absence, tu commençais à te dire que finalement, t’avais peut-être un peu beaucoup idéalisé ton accouchement.

Quand ton chum a enfin fini par arriver, t’as fondu en larmes. Ou plutôt, tu t’es effondrée, style crise de nerfs avec le gros shake, la morve qui te pend au bout du nez, les plaques rouges sur le visage, l’incapacité à prononcer plus de deux mots d’affilée, sans oublier l’inévitable sentiment de culpabilité. Comment ça se faisait que le bébé grossissait pu pis que t’avais pu de liquide ? Comment ça se fait que tu te retrouvais ici alors que tu avais tout fait, justement, pour ne pas t’y retrouver? Ton chum a eu beau te serrer dans ses bras, te murmurer à l’oreille que tout ça, c’était pas ta faute, que l’important, hen, c’était que le bébé soit en santé, toi, tu braillais de plus belle.

Après une infernale nuit blanche, on t’a branchée sur le pitocin, ce qui a déclenché des contractions plus violentes les unes que les autres ainsi qu’une envie folle d’arracher toutes les faces qui osaient traverser ton champ de vision. Par la suite, t’as eu beau enchaîner les roulements de hanches sur le ballon d’exercice et les longueurs de couloir, à l’heure de l’apéro, on t’a annoncé que comme t’étais toujours, après huit heures de travail, dilatée à trois centimètres, il allait falloir t’accoucher par césarienne.

Malgré la déception qui t’a broyé le cœur, tu as encaissé le choc et ce, avec le peu de dignité qu’il te restait. N’empêche, ça faisait mal. Parce que si ces neuf derniers mois avaient ressemblé à un rêve, là, la réalité venait de te sacrer un méchant coup de poing dans la face.

La prochaine fois, tu y penseras à deux fois avant de faire ta fraîche. On a pas de contrôle sur la vie.

Myriam de Repentigny
MYRIAM DE REPENTIGNY

Une réflexion sur “Le jour où la réalité t’a rattrapée : l’accouchement raté

  1. Jacinthe Boileau Répondre

    Hi hi hi! Je me reconnais tellement!
    En bout de ligne, c’est vrai que l’important, c’est que maman et bébé soit en santé…!

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