Les nerfs Madame Blancheville : l’épicerie

maman en colere épicerie

T’as pas le choix. Tu n’y échappes pas. Que tu sois organisée comme un classeur pis que t’ailles épluché le publisac pendant une heure ou que tu marches à l’instinct comme Sharon Stone, toutes les semaines, tu te tapes l’épicerie.

Si t’es pas chanceuse pis que t’as pas le choix, tu y vas avec les enfants. Pis si tu y vas avec les enfants par choix, ou ben t’es masochiste, ou ben t’aimes ça le trouble ou ben t’as accouché d’un alien qui sait pas c’est quoi une épicerie et qui n’a pas acquis le réflexe pourtant inné du je-veux-ça-maman souvent suivi d’une crise de bacon classique.

Le trouble niaise pas avec la puck et il arrive normalement pas plus loin que la porte d’entrée. T’sais, quand c’est le temps de choisir ton panier. Ça me donne le goût de te raconter une petite histoire. Il était une fois un homme malveillant qui n’aimait pas les parents. Pour se venger, il créa des paniers d’épicerie pour enfants. Les enfants, enchantés par le concept, soudoyèrent leurs parents à qui mieux-mieux pour pouvoir les utiliser, rouler sur les pieds des vieilles bonnes femmes pis essayer de tourner les croches en regardant pas en avant. Derrière le rack à pain se cachait toutefois un deuxième homme malveillant qui détestait encore plus les parents et qui se demanda comment il pouvait leur rendre la vie encore plus misérable. Il créa donc un panier d’épicerie camion-de-pompier-pas-chauffable, aussi large qu’une allée qui demande plus ou moins quinze mètres pour se virer de bord pis il ria caché dans le frigidaire à bière pour l’éternité.

Ça fait que c’est ça. Après t’être battu avec tes petits monstres et les avoir découragés de prendre un petit panier d’épicerie d’enfant et le câlisse de panier-camion-de-pompier, tu prends un panier tout ce qu’il y a de plus régulier pis tu y insères ta progéniture avec vigueur. Parce qu’on ne laisse jamais un enfant en liberté dans une épicerie.

Te v’là dans le rayon des fruits et légumes à tâter les pommes, les poires pis les pêches en quête DU fruit. T’sais LE bon. Celui pas de poque, pas trop dur mais pas trop mou qui va quand même finir par pourrir sur le comptoir avec tes cadavres de bananes. Les fraises sont pas belles. Mais c’est pas grave, c’est tellement bon que t’en prends un casseau. C’est fin de ta part, tes pêches vont se sentir moins seules dans ton bac vert la semaine prochaine. Côté progéniture, pas de sons, pas d’images.

Tu passes au comptoir des charcuteries en faisant ton chemin de croix. Je sais pas ce qu’ils font en arrière de ce comptoir-là mais s’ils faisaient une course de vitesse avec le comptoir des ordonnances à la pharmacie, je saurais pas sur qui miser. Pis le client devant toi a l’air de vouloir renflouer les comptoirs du Subway. Quand ton tour arrive enfin, le gars de vingt ans nonchalant qui ne connait clairement rien à la cuisine avec son filet sur la tête te prend de court quand il te demande si tu veux le prosciutto avec de la couenne, le 3A, l’italien ou celui grignoté sur le coin. Si t’es pas un expert du baloné tranché, vas-y avec le populaire « le-moins-cher » pendant que la chair de ta chair demeure totalement impassible.

Au comptoir des viandes, tu te demandes toujours si tu prends du bœuf haché maigre ou mi-maigre, c’est quoi de l’intérieur de ronde pis si tu te fais crosser en embarquant deux steaks AAA à vingt piastres. C’est toujours le calme plat côté infantile mais t’es pas une débutante pis tu sais que ton break achève en même temps que tu tournes le coin de l’allée des céréales.

Débarquer dans cette allée-là sans plan prédéterminé revient ni plus ni moins à aller à la guerre contre Sam le toucan, Tony le tigre pis le Cap’n Crunch sans stratégie. Pourquoi toutes les céréales qui contiennent plus de nutriments qu’un paquet de Jolly Rancher sont toutes moins attrayantes les unes que les autres ? Ça me donne le goût de me réorienter en marketing pis d’aller postuler chez All-Bran. Il me semble qu’ils feraient un malheur avec un emblème en forme de bonhomme rose avec du poil pis des yeux en bananes pis toutes les pauvres mères de ce monde arrêteraient de se battre pour faire manger des fibres à leur progéniture qui ferait enfin des cacas mous.

Ça fait que c’est ça. Te v’là à la croisée des chemins. Vas-tu repartir avec une boite de Froot Loops ? À toi de voir. Mais je te dévoile mon arme massive pour les négociations. Ça s’appelle le t’as-le-droit-de-choisir-rien-qu’une-affaire. Ouais. Tu prends ce que tu veux, j’ai aucun droit de regard pis t’as aucun droit d’essayer d’embarquer une deuxième cochonnerie sous peine de perdre la première. Pis si t’es constant, ça marche pis c’est le fruit de tes entrailles qui fait des choix à ta place. Au bout d’un certain temps, ça se peut que tu te ramasses avec quarante-huit boites de Corn Pops. Ça se peut aussi que tu sois équipée d’assez de biscuits Oréo pour traverser le prochain siècle au complet. Mais ça, c’est des dommages collatéraux.

C’est fait, tu as traversé l’allée des céréales en un morceau avec une boite de Frosted Flakes.

T’es maintenant prête à affronter la balance des allées en passant par le choix du litre de jus ou des jus en boites où se confrontent tes valeurs écologiques et ta volonté de préserver ta zénitude en cas de dégât, ton ambivalence devant les yogourts-à-0%-tellement-sans-gras-que-tu-peux-les-boire qui te tentent pas pantoute mais qui sont toujours en spécial et oh combien bon pour ta ligne pis le combat avec toi-même pour ne pas acheter de plats congelés familiaux de macaroni à la viande douteux plein de sel pis de produits de conservation qui t’éviteraient vingt minutes de préparation pis une demi-heure de vaisselle.

N’oublie pas de vérifier la date d’expiration du lait. Pour être ben certaine de ton affaire, prends la pinte dans le fond en t’étendant dans le rack de tout ton long et en omettant volontairement de te dire que si tout le monde faisait comme toi il y aurait des pertes quelque part certain. Pis fais attention de ne pas confondre les coudes pis les Scoobi Doo. Je sais pas chez vous, mais chez nous, les Scoobi Doo au fromage ne sont pas les bienvenus.

Devant l’étape ultime qu’est la caisse, charge ton arme d’argumentation massive t’as-le-droit-de-choisir-rien-qu’une-affaire et observe le visage déchiré de ta progéniture qui, avec un peu de chance, va laisser tomber la boîte de Corn Pops au profit d’un bonbon à cinquante cennes.

Pas de crises. Pas de larmes.

Lift is a bitch then you win.

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Une réflexion sur “Les nerfs Madame Blancheville : l’épicerie

  1. Annie Répondre

    J’ai tellement rie pour le bout des paniers d’épicerie, merci !!!!!

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