Le jugement dernier

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À travers ma séparation et les récents événements qui ont marqué mon quotidien, j’ai appris quelque chose que je croyais déjà savoir. Que je croyais avoir déjà compris. J’ai appris qu’on ne pouvait pas juger un acte, une parole ou une situation qui nous échappe. J’ai aussi compris que toutes les situations dont on ne fait pas implicitement partie nous échappent. J’ai appris que le jugement facile et gratuit du juge qui s’abat sur le jugé fait mal et qu’il est évitable. Ça m’a mise en colère. Je me suis demandé avec quelle prétention on pouvait départir le bien du mal et prononcer le jugement dernier devant une situation dont on ignore tout. Parce ce qu’au-delà des apparences, on ignore tout de ce qui se passe, derrière un sourire plein de dents, à rideaux tirés, chez les gens qu’on prétend connaître. Et ça, je le sais, parce que derrière mon propre sourire radieux, je n’ai pas toujours été heureuse.

Ce qui motive les choses qu’on dit et qu’on fait est complexe et si certaines décisions sont prises sur un coup de tête, celles qui nous suivront toute notre vie sont normalement longuement réfléchies, insomnie et anxiété en sus. On pèse le pour, on pèse le contre, on se remet en question et quand on croit notre décision prise tout s’embrouille et on recommence. Jusqu’au moment fatidique où on plonge parce qu’on conclut inévitablement que la certitude absolue n’existe pas et que son attente serait carrément éternelle. On est certain de rien. Mais on pense sincèrement faire pour le mieux. Certaines personnes ne sont pas d’accord. Elles ont le droit. De leur propre point de vue basé sur leur vie, leur bonheur et leur expérience notre décision est totalement incompréhensible. C’est parfait parce qu’on ne leur demande pas de comprendre. On ne les empêche pas d’avoir une opinion. On leur demande simplement d’être là. Parce que prendre des décisions qui changent la vie est difficile. Peu importe celles qu’on prend.

Et c’est là que s’abat le jugement dernier. Quand les gens qu’on aime ne se contentent pas d’avoir une opinion mais ne nous supportent plus. Quand leur regard change. Même s’ils nous connaissent. Même s’ils ont toujours eu de la considération pour nos valeurs, notre opinion et notre jugement. Même s’ils ont plus d’une fois suivi nos conseils. Même si nous avons essuyé leurs larmes et qu’ils ont essuyé les nôtres. Depuis 2 ans. Depuis 10 ans. Depuis 20 ans.

Ils ne sont plus là pour nous au moment où on en aurait le plus besoin. Parce qu’ils ne comprennent pas et qu’ils ont décidé que c’était une raison suffisante pour fermer la porte. Parce que ce qu’on ne comprend pas est forcément mauvais, que tout le monde prétend disposer de la science infuse qui départage le bien du mal et que cette faculté nous permet assurément d’identifier quand il faut tourner le dos aux gens qu’on aime.

Quand le jugement dernier s’est abattu sur moi, j’ai pensé à toutes les fois où je l’ai moi-même exercé. À toutes les personnes que j’ai laissé tomber parce que je ne comprenais pas. Puis, j’ai réalisé que l’amour et l’amitié que j’éprouve pour les gens qui m’entourent va bien au-delà de ma propre perception de la vie. Alors j’ai ouvert mon cœur. Et j’ai ouvert ma porte. Pour tout le monde. Pour de bon.


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