Quand tu magasines avec ta blonde

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Samedi matin. Ta blonde et toi ne savez pas trop quoi faire de votre journée. Tu irais bien jouer au golf, mais t’as épuisé ta banque d’Air Lousses. Ton week-end sportif à New York avec les boys t’a mis dans le négatif. Tu vas devoir accepter pas mal n’importe quelle proposition.

Justement, madame a une folle envie de renouveler sa garde-robe. Le printemps est arrivé. Elle a besoin de changement. Elle n’a plus rien à se mettre. Tu ne comprends pas trop pourquoi, 90% de votre walk-in est occupé par son linge, mais tu gardes ton argument pour toi. Tu as un objectif en tête : récupérer tes Air Lousses. Les gars font un week-end de pêche au mois d’août.

Bref, ta blonde veut aller magasiner, et tu acquiesces à sa demande avec un peu trop d’enthousiasme. Vous vous rendez au Carrefour Laval ou au Quartier Dix30, selon que vous êtes des banlieusards du nord ou du sud. Évidemment, ça te prend vingt minutes pour te trouver une place de parking. Tu commences déjà à sacrer intérieurement, mais tu te forces à demeurer zen et tu étampes un sourire niais sur ta face.

Vous vous promenez d’une boutique à l’autre. Elle se déplace avec assurance et détermination, tu la suis docilement à un mètre de distance tel un petit chien bien dressé. Elle est dans son habitat naturel. Pas toi. Vaut mieux ne pas trop s’égarer.

Tu remarques que tu n’es pas le seul dans la même situation. Partout autour de toi des hommes marchent derrière leur femme. Elles ont des regards de chasseuses. Ils ont des regards vides. Dans le rayon des robes du Simons, tes yeux croisent ceux d’un de tes congénères. Vous vous faites un petit signe de la tête, plein d’empathie. Vous comprenez.

Ta blonde touche à mille morceaux de vêtements. Elle les sort du rack, tâte les tissus, analyse la coupe. Bizarrement, elle ne regarde jamais les prix. Elle se parle à voix haute. « L’autre était plus belle. », « Oh! c’est joli ce motif! »,  « Non, j’aime pas les petites fleurs sur les manches. », « C’est à la mode ça maintenant. »,  « Ark, je peux pas croire que quelqu’un achète ça. ». Tu ne dis rien. Ces commentaires ne s’adressent pas à toi.

Ce qui est plus embêtant, c’est quand elle te pose des questions.  « Est-ce que tu aimes cette couleur? ». Hum, peut-être. « Est-ce que ça m’irait bien? ». Tu n’en as aucune idée. « Laquelle tu préfères? ». Euh…

Heureusement, t’as développé des trucs avec le temps. Tu lui réponds toujours quelque chose de vague, un genre de oui incertain. Ou tu lui demandes ce que elle, elle en pense, puis tu abondes dans le même sens. Tu lui conseilles la couleur la plus sobre, car qui peut se tromper avec du noir? Peu importe le morceau qu’elle met, tu lui dis qu’elle est belle. De toute façon, elle s’en fout un peu de ton opinion. Elle ne fait pas confiance à ton jugement et elle va acheter en bout de ligne ce qui lui plaît.

Ça fait plus de deux heures que vous magasinez. Tu as les mains pleines de sacs, des courbatures dans les épaules. Tes genoux faiblissent. T’as faim. T’as soif. Tu lorgnes les bancs dans les couloirs du centre d’achat. Tu serais tellement bien dans une voiturette de golf. Elle te demande si tu es tanné. Tu voudrais lui répondre que ça fait vingt-deux magasins que vous faites, qu’elle a dépensé au moins cinq cents piastres, qu’il fait beau dehors, et que vous pourriez aller profiter du soleil un peu. Ce n’est pas ce que tu lui réponds. Tu lui dis que tant que tu es avec elle, ça fait ton bonheur. Puis ton esprit se met à rêvasser sur la petite bière dans la chaloupe et le brochet de 20 livres que tu pêcheras à la fin de l’été.

Tu sens la fin approcher. Elle veut aller faire un tour au H&M et après c’est terminé, promis. Oh! non, attends, elle veut juste rentrer au Dynamite voir la nouvelle collection. Vous passez ensuite devant le Aldo; ah! mais c’est vrai, elle aurait peut-être besoin de nouvelles sandales. Regarde le beau maillot de bain dans la vitrine du Victoria’s Secret! Hey, elle avait complètement oublié qu’il y avait un Zara ici!

Tu as la tête qui tourne. Ton corps est plus meurtri qu’après un tournoi de hockey. Tu peines à avancer. Tandis que elle, elle semble avoir encore plus d’énergie que lorsque vous êtes arrivés. Comment est-ce possible? Elle avait pourtant mal à la tête tous les soirs cette semaine. Il y a de ces mystères de la vie.

Inévitablement, tu finis par t’interroger sur l’utilité d’avoir une blonde. Pourquoi t’es en couple déjà? Tu pourrais pêcher, jouer au golf, voyager autant de fois que tu le voudrais, sans jamais avoir besoin de demander de permission. À ce moment, elle se retourne vers toi, te fait le sourire qui te fait craquer à chaque fois, te prend doucement la main et te donne un tendre baiser. Tu chasses ces pensées aussi vite qu’elles te sont venues. Tu le sais pourquoi tu es en couple. Parce que tu l’aimes ta blonde. Elle te comprend, te fait rire, te fait grandir et sentir bien. Tu réfléchis à ta journée, et tu te rends à l’évidence : c’était peut-être mieux que le golf avec les chums finalement.

OK, faut pas exagérer non plus.

Charles
CHARLES

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