L’autre maman

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L’autre maman, c’est celle qui veut un enfant avec sa conjointe sans le porter. Celle qui vit le processus de l’extérieur, mais qui ne rate aucun rendez-vous médical, qui est présente dans toutes les étapes plus difficiles les unes que les autres. C’est souvent selon ses critères à elle qu’on arrête notre choix de donneur. Le fameux donneur anonyme ou pas, québécois, italien ou américain, grand, petit, brun, blond ou noir … ce fameux donneur qui la hantera à jamais. Ce donneur souvent appelé « père », ce si petit mot puissant, qui lui coupe le souffle à chaque fois qu’elle l’entend, car elle sent qu’il vient lui voler son rôle principal, à elle, dans l’histoire. L’autre maman, c’est celle qui crée un contact immensément fort en posant sa douce main sur le ventre de sa conjointe, où grandit l’amour de leur vie. C’est en elle que l’instinct maternel grandit sans que son corps vive cette grande épreuve, ses hormones se connectent à ce petit bout de vie sans même qu’elle ne le contrôle. C’est elle qui stresse pour que tout soit parfait avant l’arrivée de ce miracle, elle qui prend soin de maman bedon tout au long des contractions et des poussées. C’est elle qui verse des larmes de joie en coupant le cordon reliant les deux amours de sa vie. C’est elle qui connaît son enfant plus que personne et qui fait de son mieux pour être la meilleure maman possible. L’autre maman, c’est celle qui se met une pression inhumaine d’être parfaite, car dans sa tête, elle n’a pas le droit à l’erreur.

L’autre maman, c’est celle qui a le cœur amoché par une panoplie d’émotions que le cœur de maman bedon ne ressent pas, qu’un papa ou qu’un parent adoptif non plus ne ressentent. L’autre maman, c’est celle qui gribouille « le père » dans tous les formulaires concernant son enfant et qui doit faire des démarches pour les faire changer. Si l’enfant est baptisé, l’autre maman ne peut même pas biffer « le père », elle, elle ne signe pas, car une autre maman, ça n’existe pas ! C’est aussi elle qui s’empresse de rectifier le tir quand quelqu’un demande à son enfant où est son papa, en expliquant toujours et toujours que son enfant est chanceux d’avoir deux mamans. C’est elle qui doit procéder à une stimulation artificielle et hormonale pour donner le sein à son enfant tout en recevant les commentaires négatifs des gens qui ne comprennent pas pourquoi elle voudrait allaiter son enfant, elle ne l’a pas porté, alors pourquoi ? Elle doit justifier ses désirs qui sont si naturels à ses yeux.

L’autre maman, c’est la maman qui redoute à mort que son enfant vive une crise identitaire, par sa faute à elle. Elle, qui vit avec la peur indescriptible que son enfant, un jour, la blâme de l’avoir privé d’un amour paternel, car son histoire n’a rien de celle d’une maman adoptive qui sauve la vie d’un enfant en manque d’amour. Cette peur qu’elle ne puisse l’aider à trouver ses racines génétiques, qui pour elle, sont tellement secondaires comparé à tout ce qu’elle a à lui offrir. L’ADN qu’elle ne partagera jamais avec son bébé, mais qui n’empêchera pas les ressemblances d’apparaître au fil des années. C’est elle qui souhaite de tout cœur que son enfant n’ait jamais honte d’elle. C’est elle qui est terrifiée à l’idée qu’un jour son enfant lui dise qu’elle n’est pas sa vraie mère.

L’autre maman, la deuxième maman, le deuxième parent, c’est celle qui aimerait qu’on la voit comme une maman à part entière sans besoin d’explications, sans jugement et commentaires blessants. Ce qu’elle veut, c’est tout simplement être la maman de son enfant !

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LA MAMAN ARC-EN-CIEL

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