Ton potager : du rêve à la réalité

angry woman garden

Quand t’as su que tu étais enceinte dans ton beau loft, tu savais que tu devrais déménager au plus vite avant que cet enfant-là ne grimpe sur les murs. L’Homme et toi trouvez une parfaite maison où élever vos descendants.

Tu te donnes pour mission de te faire THE potager parce que tu sais que ta trois-mois mangera des purées à l’automne et que tant qu’à vivre à la campagne, aussi bien les faire toi-même.

Alors tu te lances dans cette palpitante aventure. Tu fais le tour des centres jardin afin de trouver tout ce que tu veux planter et tu t’ambitionnes à peine. Tu commences à découenner la pelouse dans l’immense rectangle de ton potager idéal, mais tu arrêtes à un tiers de la grandeur prévue par écoeurantite aiguë et parce que tu as une trois-mois qui a besoin de sa mère. Tu réalises que tu as grandement surestimé ta capacité à planter six pieds de céleri dans un temps record de quarante-cinq minutes parce que mini a besoin d’un bec, a perdu son jouet à mâcher, a envie de faire un tour de poussette pour s’endormir et se réveille après seulement trois plants de plantés pour recommencer ses crisettes. Tu n’as jamais trouvé cela aussi ardu et long de te faire un jardin. C’est tellement long (trois semaines parce que bébé a besoin de toi, parce qu’il pleut ou juste parce que tu n’arrives pas à endurer les brûlots auxquels tu es allergique et pour lesquels tu as envie de remettre une pancarte à vendre devant ta maison) que tu dois racheter d’autres plants de tomate, de menthe et de camomille parce que les tiens ont séché au soleil en attendant d’être plantés un jour entre deux besoins de bébé.

Voilà que l’été tire à sa fin avance et que tu réalises que sur tes six rangs de carottes, tu auras une grosse récolte d’une dizaine de ces magnifiques racines orange. Ton rêve de purée prend son envol en même temps que la famille de faucons qui niche dans ton entre-toit. Tu regardes tes brocolis et tes choux-fleurs faire des feuilles immenses. Tu as envie de les encourager avec une danse de pompom girl, mais tu te doutes bien que c’est tout ce que ces plants auront à t’offrir cette année.

C’est là que par une belle journée d’été, un huit-ans en gardiennage chez toi envoie directement la balle Flash McQueen dans ton jardin et fait faire un vol plané à une de tes quatre tomates. Deux émotions s’offrent directement à toi. La première, tu sens une montée de colère gravir ton corps à la vitesse de l’éclair et tu remercies ton filtre naturel de ne pas déverser ta rage et ta haine sur ce petit être qui n’est pas le tien. La deuxième, tu hésites à pleurer toutes les larmes de ton corps de voir encore une partie de ta maigre récolte mourir sous tes yeux dans une violence inouïe. Tu optes finalement pour une troisième réaction, adopter le Je-m’en-foutisme avec un léger haussement d’épaule en susurrant à ton bébé «Ne t’en fais pas minou, on va en manger en masse des sandwichs aux tomates…l’année prochaine.»

Finalement, si ta fille pouvait se nourrir de purées d’aneth, de coriandre et de fenouil, ton jardin saurait combler tous ses besoins nutritionnels. Et parce que tu ne vois pas le jour où tu auras des poivrons, des citrouilles, des courges et encore moins de céleris parce qu’ils ne semblent pas grandir au même rythme que ta trois-mois devenue une cinq-mois depuis qu’ils ont été plantés, tu te rabats sur les légumes de saison en vente dans les épiceries.  Parce que tu n’as juste pas le temps de faire une heure de route pour aller dans les marchés publics, tu as Mestantes Conscience et Société qui te jugent de ne pas offrir des légumes bio de ton jardin qui auraient poussé à coups d’amour et de soleil à ton enfant qui découvre le plaisir de manger.

Annie Chamass
ANNIE CHAMASS

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